À voir le samedi 26 janvier - Oui, papa !

L’intrigue du film Le dernier métro s’articule, à l’instar de celle de Jules et Jim, autour d’un triangle amoureux, avec cette fois pour toile de fond un Paris occupé par les nazis. Dans un théâtre de Montmartre, une actrice devenue directrice cache son mari juif à la cave tandis que, sur la scène, le jeune premier qu’elle vient d’embaucher lui fait de l’oeil.

 

Dans son célèbre pamphlet Une certaine tendance du cinéma français publié dans les Cahiers du cinéma en 1954, François Truffaut dénonçait avec virulence la «qualité française» et le «cinéma de papa». Critique à la plume acérée, Truffaut encensait ou conspuait avec une verve implacable. Passé à la réalisation, il brilla comme on le sait pendant et après la Nouvelle Vague. Il y eut des chefs-d’oeuvre dont l’influence perdure (Les 400 coups, Jules et Jim), mais, malgré les plébiscites, François Truffaut le réalisateur était un angoissé notoire. Était-il hanté par les fantômes de ses critiques passées? En entrevue, il qualifia lui-même son approche critique d'autrefois de «dogmatique».

 

Dans un entretien accordé à Pascal Bonitzer, Catherine Deneuve, sa vedette de La sirène du Mississippi et du Dernier métro, relate cette anecdote révélatrice survenue le soir de la première de ce dernier film: «À la fin de la projection, les gens applaudissent [...], ils venaient nous voir pour nous serrer la main, et je me souviens de François qui n’arrêtait pas de répéter: “C’est un enterrement, c’est un enterrement.”» Le dernier métro fut couvert de César, dont ceux du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario, du meilleur acteur, de la meilleure actrice... Pas si mal, comme dirait l’autre.

 

Paradoxalement, Le dernier métro, avec sa technique impeccable et son parfum de nostalgie, constitue un excellent exemple de «qualité française». D’un classicisme exquis, le film pourrait même être qualifié de «cinéma de papa» par les cyniques.

 

Or, comme Truffaut semble l’avoir compris en vieillissant, il arrive à l’occasion à papa d’avoir raison.

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