Télévision à la une - Entre le syndrome « pas dans ma cour » et la survie de citoyens déconsidérés

Il y a des réalités qu’on ne veut pas voir, qu’on ne veut pas connaître, qu’on voudrait voi disparaître d’un coup de baguette magique ou reléguer aux oubliettes. La toxicomanie et ses conséquences «visibles» dans la société en font partie.


Les consommateurs de drogues dures, tout particu-lièrement ceux qui se les injectent, sont bien souvent considérés comme des citoyens de seconde zone, des «indésirables» irrécupérables et dangereux avec leurs seringues souillées qui traînent partout.


Plaidoyer


Le documentaire Pas de piquerie dans mon quartier met en lumière leur réalité, mais se veut avant tout un plaidoyer pour l’implantation de sites d’injection supervisée (SIS), où ces personnes pourraient non seulement consommer de la drogue sans risquer de mettre leur vie et celle d’autrui en danger, mais également obtenir de l’aide pour éventuellement se libérer de leur dépendance.


Il existe près d’une centaine de centres de ce type dans le monde, dont celui de Vancouver, la fameuse clinique InSite, que le gouvernement Harper a tenté de faire fermer. Un jugement de la Cour suprême du Canada rendu en septembre 2011 a maintenu l’exemption à la Loi sur les drogues, qui permet la survie d’InSite, mais ouvre également la voie à la création d’autres centres de ce type.


Le film des frères Jonathan et Jean-Laurence Seaborn illustre les efforts de Point de repères, l’organisme qui vient en aide aux utilisateurs de drogues injectables (UDI) de la Vieille Capitale, pour qu’un SIS ouvre ses portes à Québec dans le quartier Saint-Roch, un coin de la ville en processus de revitalisation depuis quelques années.


Ce projet, on le devine, a ses détracteurs. On ne les entend pourtant qu’à travers la voix de certains médias dans ce film, puisque, comme les réalisateurs l’expliquaient au Soleil lors de la sortie du film en septembre dernier, ils ont demandé «à l'association des commerçants du quartier Saint-Roch, à la Ville de Québec et à la police de Québec de participer au tournage, mais tous ont refusé». Reste les partisans: les intervenants et «sympathisants» de Point de repères (dont le père des réalisateurs, un ancien membre du conseil d’administration de l’organisme), une chercheuse de l’Agence de la santé publique et quelques toxicomanes, qui se racontent et se laissent filmer avec générosité. Ces derniers ne sont sans doute pas tout à fait «représentatifs» des quelque 5000 utilisateurs de drogues injectables qui vivent dans la Vieille Capitale, mais ils n’entretiennent pas pour autant l’image que l’on se fait souvent de ces toxicomanes: ils ont un appartement, sont en couple et ont entrepris un processus de «réhabilitation».


Au premier coup d’oeil, ils ressemblent à monsieur et madame Tout-le-monde, mais les séquences dans lesquelles ils racontent leur histoire et leur quotidien révèlent le poids de cette dépendance et des sentiments que celle-ci engendre.


Sauver des vies... et des sous


Les scènes où l’on voit certains d’entre eux procéder à une injection, parfois dans des lieux publics, des scènes qui n’ont visiblement pas été charcutées au montage, convainquent à elles seules de l’utilité d’un centre d’injection supervisée. Peut-être même plus que les interventions, pourtant fort bien argumentées, du responsable de Point de repères, Mario Gagnon, que l’on entend abondamment dans le film, autant dans les médias que dans son bureau ou dans les rues de Montréal, participant à une mani-festation réclamant l’ouverture de SIS au Québec.


Celui-ci croit, tout comme nombre d’associations de professionnels de la santé, que ces centres pourraient entre autres permettre de sauver la vie de bien des toxicomanes, leur éviter de contracter des infections graves, par exemple le VIH et la très répandue hépatite C. Quand on sait que plus de 60 % des utilisateurs de drogues injectables habitant à Québec sont porteurs de ce virus, et que le traitement, au résultat incertain, coûte pour chaque patient la modique somme de 20 000 $, il y a lieu de considérer d’un autre oeil les désagréments que peut causer la présence de ce type d’établissement dans nos villes...


 

Question de société /

Pas de piquerie dans mon quartier

Télé-Québec, lundi 21 janvier à 21h

En rediffusion mardi 22 janvier à minuit