À voir le samedi 21 janvier - Le goût de nous-mêmes

Jeune, le conteur Gilles Vigneault rêvait d’être compositeur ou chef d’orchestre. C’était avant que la petite musique des mots ravisse son coeur et le force à sortir de lui-même. Au bout du compte, «c’est le métier qui m’a choisi», résume le poète en mission. «Quand on a la passion de transmettre, on devient un missionnaire. Pour moi, ç’a été de transmettre au peuple québécois le goût d’eux-mêmes. L’audace de voter pour soi.»


C’est cet héritage, fin alliage de mots, de mémoire vive et de vérités profondes, que la réalisatrice Yanie Dupont-Hébert met en lumière dans ce portrait sans complaisance qui s’articule autour de la transmission. Le conteur y apparaît dans toute son humilité. Un homme comme les autres, peut-être un peu plus sensible, qui, «rencontrant la vérité toute nue sur son chemin, la trouva si belle qu’il se mit en frais de la vêtir».


Mais attention, insiste Gilles Vigneault, «la vérité n’est pas vêtue pour se cacher. Elle est vêtue pour se dévoiler». Ce qu’elle ne fait jamais aussi fortement que lorsqu’elle le fait tout haut, ajoute le conteur. «La transmission orale est plus forte, pas plus durable, mais plus forte que la transmission écrite. Elle lui apporte des habits, des couleurs. […] Dans la tête des gens qui la reçoivent, elle a plus de permanence.»


Un constat que reprend sans le savoir une classe d’enfants venus d’ici et d’ailleurs et invités à commenter l’oeuvre du grand poète. «Vos chansons sont claires comme l’eau», dit l’une. Elles m’ont «appris à vivre avec les gens autour de moi», raconte une autre. «Vos mots ont traversé le bout du monde pour atteindre mon oreille et changer toute ma vie», confie une troisième, qui s’est découvert l’âme d’une jeune poète.


Porté par des archives que l’on sent soigneusement fouillées et choisies, ce portrait lumineux aborde aussi le legs plus personnel d’un homme à sa descendance. «Ce que j’aimerais laisser à mes enfants de plus précieux, c’est la mémoire. […] Le goût d’avoir la mémoire d’eux-mêmes.» Plus largement, le document rappelle enfin que, pour éduquer un enfant, le réel demeure roi, spécialement en ces temps de dématérialisation accélérée.

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