À voir le vendredi 11 janvier - Malheur conjugal

Oeuvre radicale suintant le sexe glauque, Guilty of Romance (s.-t.f.) est de ces films taillés sur mesure pour le scandale. Or, une fois déparé de ses oripeaux sulfureux, le brûlot du cinéaste japonais Sion Sono (Cold Fish) n’en apparaît que plus intéressant. Le titre est inspiré par Les crimes d’amour, du marquis de Sade. Voilà pour les horizons d’attente.


Shibuya, au Japon. Épouse au foyer d’un écrivain célèbre, Izumi passe ses journées à planifier un retour à la maison parfait. Dans l’entrée, les pantoufles de monsieur sont prêtes à être enfilées selon un angle soigneusement calculé, c’est tout dire. Malgré son dévouement, Izumi ne retire ni romance ni caresse de son mariage. C’est ironique, car le mari se spécialise dans le roman à l’eau de rose.


Pour tromper son ennui, Izumi accepte la proposition de Mitsuko, une femme volontaire qui recrute pour une agence de «modèles». D’abord réticente à poser dans son plus simple appareil, Izumi en vient à trouver l’expérience libératrice. Prochaine étape de son émancipation secrète: la prostitution. Aspirée dans un vortex de sexualité débridée, Izumi ignore qu’un tueur en série rôde dans le district malfamé qu’elle fréquente désormais assidûment…


Guilty of Romance s’ouvre sur une scène de crime impliquant un cadavre, un mannequin et un costume d’écolière. Couleurs criardes, meurtre grand-guignolesque: d’entrée de jeu, Sion Sono canalise les gialli de Dario Argento et les thrillers érotiques de Brian De Palma avant de convoquer Belle de jour de Luis Buñuel. Le mélange (d)étonne, certes, mais il n’en fascine pas moins. Surtout, l’intrigue policière jumelée au parcours émancipatoire de l’héroïne permet à l’auteur de lever le voile sur certains us et coutumes traditionalistes qui ont toujours cours dans une partie de la population nippone, instruite qui plus est. En filigrane se glisse une réflexion non moins pertinente sur les périls du refoulement.


D’aucuns parleront à ce chapitre de refoulement d’égouts, mais les cinéphiles aventureux devraient y trouver leur compte. Il y a plus à découvrir dans les beaux draps de Guilty of Romance que des corps dénudés (ou mutilés).

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