À voir le samedi 5 janvier - Le rêve dans le rêve dans le rêve...

De loin le film le plus ambitieux de Christopher Nolan (Le chevalier noir), le plus cérébral aussi, Origines est également son plus sophistiqué. Trop? Non. Devant le monde de possibles qu’il nous offre, bien ingrat serait celui qui trouverait à rouspéter.


Le récit, jouissivement labyrinthique, fertile en arabesques et en chausse-trapes narratives, met en scène un certain Dom Cobb, un «extracteur» payé pour infiltrer les rêves de chefs d’entreprise afin de leur soutirer, pour le profit de qui l’embauche, secrets d’affaires et d’alcôves. Le moins vous en savez...


Nolan dépeint sobrement les univers chimériques, sortes d’agrégats architecturaux ancrés dans un réel malléable, qui se superposent au gré des circonvolutions du récit. L’insolite et la fantaisie sont au rendez-vous, mais de manière raffinée. On passe ainsi une bonne partie d’Origines avec la bouche entrouverte en une expression de béat émerveillement. Pas tant parce que des effets spéciaux spectaculaires - et ils le sont - nous bombardent en permanence la rétine, mais plutôt parce que l’intrigue accouche constamment de retournements imprévus. Or, comme le scénario établit rapidement les règles qui régissent cet univers fictif et que celles-ci apparaissent logiques dans le contexte choisi, le spectateur accepte facilement de lâcher prise. De fait, on n’est jamais tenté de remettre en cause la cohérence de l’histoire tant chaque nouvelle mise en abyme proposée semble aller de soi.


Inspiré à la fois par Cité obscure, d’Alex Proyas, et Paprika, long-métrage d’animation de Satoshi Kon, Origines n’en paraît pas moins original. Le cinéma inspire le cinéma, et l’intertextualité est chose stimulante lorsque jumelée à une vision d’auteur (voir le travail de messieurs De Palma et Tarantino). Ici, Christopher Nolan a complètement absorbé les influences manifestes sur la page, de telle sorte qu’elles ne viennent jamais hanter l’image. Peu de cinéastes oeuvrant dans le giron hollywoodien peuvent se targuer de donner l’impression, film après film, d’engendrer de l’inédit. Comme un rêve qui se poursuit et se renouvelle sans fin et à l’intérieur duquel on aurait par quelque miracle été convié.

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