Télévision à la une - Chansons engageantes

Rencontre entre Louis-Jean Cormier, leader du groupe rock «en pause» Karkwa, homme rapaillé et nouvellement artiste solo, et une équipe de pêcheurs de homards de Percé.
Photo: Artv Rencontre entre Louis-Jean Cormier, leader du groupe rock «en pause» Karkwa, homme rapaillé et nouvellement artiste solo, et une équipe de pêcheurs de homards de Percé.

Artv présente une deuxième cuvée des Voix humaines, une série documentaire qui donne à une dizaine d’auteurs-compositeurs-interprètes d’ici l’occasion de découvrir un univers ou une réalité sociale qui leur est inconnu et d’accoucher une chanson. Et cette fois encore, la recette fonctionne à merveille.

Dans ces mêmes pages, il y a un peu moins de deux ans, le collègue François Lévesque vantait les mérites de ce concept imaginé par la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette (Le ring, Inch’Allah). Un concept accrocheur, certes, mais risqué parce qu'il peut facilement tomber dans le pathos et le «voyeurisme» émotif racoleur, ce que la réalisatrice principale et les autres artisans de ce projet télévisuel singulier sont arrivés à éviter avec beaucoup de doigté.

C'est encore le cas avec cette deuxième couvée: la formule, loin de s’essouffler, offre encore aux téléspectateurs de grands moments d’émotion et de réflexion, tout en leur faisant découvrir ou mieux connaître toute une brochette d’artistes de la chanson, qui s’y dévoilent autant que les gens avec lesquels ils sont mis en contact.


Et en ces temps où les productions télévisuelles musicales flirtent volontiers avec les succès nostalgiques et les mélodies qui cartonnent sur les palmarès, les compositions originales que ces rencontres suscitent, livrées encore toutes fraîches et toutes nues devant les personnes dont elles sont inspirées, arrivent comme des courants d’air bienfaiteurs en cette ère de produits formatés et prévisibles. Elles donnent également l’espoir qu’il y a encore de la place pour la création «risquée» au petit écran, malgré les budgets faméliques et les impératifs publicitaires...


Erre d’aller


Certes, certaines rencontres et les chansons qui en résultent sont plus touchantes, plus senties, plus révélatrices que d’autres, comme c’était le cas dans la première fournée, mais l’ensemble est tout de même plus «égal» que la première fournée, qui offrait quelques épisodes pas nécessairement à la hauteur du concept... Peut-être sont-ce les hasards du pairage entre artistes et «muses» qui ont fait leur travail, ou tout simplement le fait que la formule s’est raffinée pour trouver son erre d’aller.


Par ailleurs, la dimension politique des réalités sociales explorées est nettement plus présente dans cette deuxième mouture, ce qui constitue parfois un formidable catalyseur créatif pour les artistes en présence.


C'est le cas pour la première rencontre présentée ce mercredi, entre Louis-Jean Cormier, leader du groupe rock «en pause» Karkwa, homme rapaillé et nouvellement artiste solo, et une équipe de pêcheurs de homards de Percé dévoués et respectueux de la ressource militant contre les récentes mesures du gouvernement fédéral qui favorisent les grandes entreprises pas nécessairement soucieuses de l’avenir de nos fonds marins, au détriment des «petits» qui ont du mal à survivre de leur métier. La superbe complainte folk qu’il a réussi à extraire de cette immersion dans ce monde qui craint toujours de disparaître pourrait servir de chant de ralliement au mouvement d’opposition à ces politiques, comme le soulignent d'ailleurs les pêcheurs rencontrés.


Bia et les Congolais


L'épisode de la semaine suivante communique la chaleur humaine qui émane de la relation rapidement familière entre la chanteuse d’origine brésilienne Bia et une famille d’immigrants congolais installée à Moncton depuis trois ans. Une rencontre à haut potentiel lacrymogène: voilà de la télévision-mouchoir comme on voudrait en prendre un peu plus souvent...


Suivront l’incursion de Lisa LeBlanc dans l’univers d’une jeune anorexique en rémission, celle de Socalled dans celui des transsexuels, la rencontre de Jérôme Minière avec un ex-détenu converti à la boxe, le séjour de Patrice Michaud dans une famille de cultivateurs franco-ontariens, puis celui du slammeur Mathieu Lippé dans un centre jeunesse. Antoine Gratton et Marie-Pierre Arthur ferment la marche avec un rendez-vous avec un clown et un lutteur pour le premier, et une visite d’un village qui ne veut pas mourir pour la seconde.


Comme ce fut le cas lors de la diffusion de la première saison, il sera possible pour les téléspectateurs de poursuivre l’expérience sur le site Web de l’émission artv.ca/lesvoixhumaines, où ils pourront entre autres télécharger le fruit de ces rencontres et continuer de le faire vivre dans leur discothèque.

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