Bye Bye 2012: autopsie d’une distraction

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	Michel Courtemanche, Hélène Bourgeois-Leclerc, Véronique Cloutier et Joël Legendre dans le sketch Cabinet 9</div>
Photo: Annie Fortin
Michel Courtemanche, Hélène Bourgeois-Leclerc, Véronique Cloutier et Joël Legendre dans le sketch Cabinet 9

On se disait quoi, déjà, l’année dernière, juste avant le Bye Bye ? Ah oui, qu’il y avait au moins cinq bonnes raisons de ne pas regarder cette maudite émission de fin d’année.

Reprenons donc, preuves à l’appui.


D’abord, au sujet de la surabondance médiatique des bilans. Belle et bien vue, encore une fois, et le Bye Bye 2012 n’a que bouclé à sa manière humoristique une trop longe chaîne de bilans de l’année écoulée. Il faudrait imposer des quotas de listes de « bestoves » aux journalistes et aux humoristes qui les aiment décidément trop.


Ensuite, le trop-plein de télévision autoréférentielle. Là encore, la tendance s’est confirmée plus que jamais avec quelques échappées vers des productions incontournables des autres écrans, l’ordinateur et le mobile (Gangnam Style), ou le cinéma américain (The Artist, The Avengers), maintenant que les p’tites vues québécoises ne font plus recette. Cette modélisation circulaire tourne vite à vide puisque la recette consiste toujours à mixer deux ou trois opinions banales sur un sujet d’actualité avec le canevas d’une émission ou d’un film populaire. Ça va, on a compris…


Il y a ensuite la vedettarisation à outrance. On peut répondre présent cette année encore, et deux fois plutôt qu’une, avec quelques stars et aspirants au statut de star qui se sont effectivement contemplés en train de se regarder. L’exemple type de cette mouture : la mise en abyme sur l’équipe de production de l’émission se demandant s’il fallait ou non un numéro sur le mariage des producteurs-comédiens Louis Morissette-Véronique Cloutier, duo dominant de notre système étoilé. Un autre cas : le châtiment sympathique infligé aux rigolos de RBO (dont Guy A. Lepage, ami de Mme Cloutier) pour la surexploitation de leur matériel daté. Sans oublier l’impératrice Céline, évidemment.


Après, vient l’abus d’autodérision. La variante du cas précédent a favorisé les apparitions en clins d’oeil du cinéaste Xavier Dolan, du politicien Jean-Martin Aussant, du chroniqueur Marc Cassivi, de l’animateur Stéphan Bureau et de la météorologue Jocelyne Blouin. Et on en passe, merci, même si on croyait que les gags, comme les allumettes, ne devraient servir qu’une fois.


Finalement, il y a cet excès de québécocentrisme qui place le nombril du monde autour de la tour de Radio-Canada à Montréal, un peu au sud du Plateau et d’Outremont, avec une toute petite capacité de regarder vers la Ville de Québec et le Saguenay. Le reste du Québec, le reste du Canada, le reste du monde ? Bof, connais pas…


La recette a donc été respectée jusqu’au cliché.


Seulement, on ne peut pas juste reprocher à un chameau de ne pas être un éléphant. C’est trop simple et injuste. Ici comme ailleurs, il faut juger la créature pour elle-même, telle qu’elle demeure, avec ce qu’elle donne.


Comme elle est, avec ses caractéristiques intrinsèques, cette mouture semble déjà encensée et très appréciée par ceux qui aiment le genre. Dont acte. Plusieurs commentaires des réseaux sociaux ne se gênent pas pour passer la pommade. Les collègues critiques et d’autres préposés au sens plus ou moins officieux ont aussi sorti le plumeau. Alors, à quoi bon cracher dans la soupe ?


Les éléments de grande qualité ne manquent pas, effectivement. Tout l’enrobage (les maquillages en particulier) suscite l’admiration, peu importe qu’on apprécie le créneau ou pas, d’ailleurs. En même temps, une des parodies les plus efficaces, celle de l’agent 728, n’utilisait à peu près aucun artifice puisqu’il a suffi à Michel Courtemanche de revêtir l’uniforme pour créer un analogue étonnamment crédible de la dame matraqueuse.


La somme des éléments plus ou moins notables de cette veine pointe vers du divertissement plutôt que de l’hilarant. La encore, on respecte la bonne moyenne : ce Bye Bye ne faisait pas rire mais sourire, et c’est déjà beaucoup.


Chacun peut donc dresser sa liste des sketchs favoris qui ne laissent à peu près aucun souvenir marquant, juste le sentiment d’avoir passé un court, très court bon moment, vite oublié. Ça rentre, ça sort, et en passant, les pubs d’IGA font le même effet… Personnellement, je retiens un peu plus le pastiche du film oscarisé The Artist, la participation du faux hockeyeur Patrice Lemieux et la transformation du hit de Lisa LeBlanc pour clamer que 2012 c’était « de la mar [blip] ».


Était-ce finalement le message global du bilan de cette année de crise d’une décennie morose ? Une fois la distraction décantée, il reste quoi de cette synthèse d’humour, de ces plus ou moins intelligentes idioties ? Ce Bye Bye dit adieu à quoi ?


Une ligne de force dit assurément bye bye et bon débarras à Jean Charest. L’ex-premier ministre revient à au moins trois reprises dans le décompte. Par contraste, la critique épargne le nouveau gouvernement péquiste et ses gaffes à répétition, du moins si on excepte une ou deux blagues insignifiantes sur le défaut de leadership de Pauline Marois. Au fédéral, les conservateurs se réduisent à la position (d’ailleurs beaucoup plus complexe) de la ministre Rona Ambrose sur l’avortement et à une minifarce sur les compressions infligées à Radio-Canada.


De même, la crise sociale du printemps se ramène à une poignée de personnalités assez gentiment caricaturées, dont Gabriel Nadeau-Dubois, Léo Bureau-Blouin et Richard Martineau. Un humour plus fin aurait permis de remonter aux fondements de la crise, au lieu de la réduire à quelques poncifs de ses leaders. De même, le thème de la corruption, plus porteur et mieux traité, a aussi abouti à cette proposition simplissime que le problème tient à l’aveuglement de l’ex-maire Tremblay.


Mais bon, hein, c’est juste de la TV et c’est souvent trop demander à l’humour industriel que de devenir une forme de lucidité. Chacun garde les yeux ouverts sur ce qu’il juge précieux et important et rien n’oblige à regarder ni à encenser aveuglément, avec le troupeau, cette maudite émission de fin d’année…

96 commentaires
  • Jacques Gagné - Inscrit 2 janvier 2013 10 h 43

    Désolé monsieur Baillargeon

    Vous êtes une personne amer, vous avez terminé 2012 avec une grimace et vous commencez 2013 de la même façon. Je suppose que vous auriez fait beaucoup mieux mais je suis certain que vous êtes meilleur assis dans votre fauteuil de chiâleux que dans celui de ceux qui doivent innover. Alors je vous souhaite tout le bonheur que vous répendez en ce lendemain du Jour de l'An...

    • Carole Dionne - Inscrite 2 janvier 2013 12 h 55

      C'était pourri comme émission.

      Plus ça va, plus c'est plate. On est très loin des belles années de Domique Michel et Patrice L'écuyer en direct. Cela coûte moins cher, je sais mais quand même. Je crois que le duo Morissette-Cloutier avait déjà tout donné dans les années antérieures. Ils ne leur restaient presque plus de jus.


      J'oublias les belles années de RBO

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 2 janvier 2013 13 h 34

      Celui qui chiale me semble être plutôt celui qui critique la critique du critique...

      Ainsi, à Radio-Cââânadââââ, ça fait longtemps qu'on se prend pour des petites cuillières dorées portées à la bouche des puissants. L'auto congratulation, le pétage de bretelles entre 'tits amis, c'est devenu une marque de commerce, mais surtout il ne faut pas faire de remise en question, il ne faut surtout pas regarder l'année écoulée pour en tirer des leçons. Aussi, je préfère 100 fois la revue des Zapartistes comme le dit si bien Laurent Girouard, à cette salade sans saveur.

    • Johane Frenette - Inscrite 3 janvier 2013 09 h 27

      C'était une bonne émission a regardé en famille. Faut pas prendre ca au sérieux et simplement s'amuser.

  • Laurent Girouard - Abonné 2 janvier 2013 11 h 43

    Bravo, bien analysé...

    J'ai lâché apres 15 minutes. J'ai essayé le lendemain d'endurer tout le produit. Pas capable. D'autant plus que je venais de déguster les Zapartistes, le 30 au soir. Décidément Radio-Canne demeure Radio-Canne. Beaucoup de moyens pour divertir et flatter la bédaine de ses vedettes. Comme le disaient, le lendemain, Laurendeau-Dussault : «Ce fut un grand cru...» Pour vous et les égos de nos ti-namis. Pour l'absence de critique (drôle) des vrais événements de 2012. Comme vous dites, «c'est juste de la TV»...

  • Maryse Veilleux - Abonnée 2 janvier 2013 11 h 49

    Bonne analyse!

    Bien d'accord avec vous. Je trouvais la caricature de Gabriel Nadeau-Dubois plutôt ratée, la style de danse ne collait pas avec ce qu'il est. Infoman se démarque comme étant la meilleure émission de fin d'année à ne pas manquer.

    • dietrik reinhardt - Inscrit 3 janvier 2013 09 h 47

      En ce qui concerne le style de danse, il s'agissait seulement de présenter le video de Gangnam style qui a été vu a plus d'un milliard de reprise sur youtube. Mais bon cest pas tout le monde qui est au courant de ce qui se passe sur la toile. Pour ma part, j'ai bien aime les références qu'il y avait. Jeunesse (la danse), propos incendiaire (GND) et la folie des medias fassent a ce jeune homme.

  • France Mongeon - Inscrite 2 janvier 2013 11 h 51

    Critique lucide!

    Merci M. Baillargeon pour cette critique un ptit brin cynique qui décrit si justement mes impressions au sujet de ce produit culturel. Et paraphrasant Emile Faguet, le plaisir de regarder une émission télévisuelle surannée est languissant, n'est ce pas?

  • François Desjardins - Inscrit 2 janvier 2013 11 h 54

    Autre aspect à considérer: la pub!

    La classe moi je vous dis! Le 31 décembre à la SRC ce fut entre 23h et 23h30 une soirée extraordinaire de pub! Et pour nous gâter encore plus, la SRC y est allée de ses propres pubs, pour ses propres émissions, elles-mêmes croulant sous la pub. Seul reproche: les brèves mais trop nombreuses interruptions causées par? euh...je crois Bye bye 2012...

    La classe! Le respect que l'on ressent. La classe moi je vous dis!

    Ça s'est déjà vu des productions qui ont, sans abolir la pub, mieux camper celle-ci dans le temps...

    • Normand Charest - Inscrit 4 janvier 2013 09 h 04

      Ah ! là on touche un point important. Les "grandes émissions" à Radio-Canada sont tellement envahies par la publicité que ça rend fou. Revoir 50 fois la même annonce, ça ressemble beaucoup à de la torture mentale, selon moi.
      Pourtant la PBS américaine (qui fonctionne autrement, je le sais bien) réussit à nous offrir de grandes émissions sans aucune interruption publicitaire. Ça fait rêver.