Radio-Canada - Lourds secrets dans Mémoires vives

Une famille déchirée par un terrible drame commun. Des liens insoupçonnés entre des individus disparates. Un incessant va-et-vient entre le passé et le présent qui s’éclairent. La banale et extraordinaire aventure de quelques humains en quête de rédemption, ici et maintenant.

Apparences ? O’? Aveux ? Yamaska ? Nenni, et on en passe, des séries et des téléromans, des pires et des pas pires. Cette fois, le canevas archiconnu, surexploité et sans cesse revisité (« l’histoire de familles hantées malgré elles par un passé toujours vivant », résument les documents promotionnels) oriente la création de Mémoires vives. Radio-Canada placera ce nouveau téléroman à l’antenne les mardis, à 21 h, dès le 8 janvier.


Cette fois, le drame sourd de la disparition de la petite Laurie, dans un bois, 30 ans auparavant. Sa mère, Francine (Véronique Le Flaguais), a ensuite travaillé dans les orphelinats du Pérou. Son père, Jacques (Gilles Renaud), chirurgien, a fondé l’association Mémoires vives venant en aide aux proches des enfants volés. La deuxième femme de Jacques Berthier, Claire (Marie-Thérèse Fortin), radiooncologue, porte elle aussi un « secret émouvant ». Son propre couple s’est épuisé et le chaud lapin sexagénaire songe maintenant à refaire sa vie avec une jeune femme d’à peine 30 ans, la fille de sa meilleure amie.


Le téléroman suit aussi les trois enfants de Jacques, les personnages d’un centre jeunesse, un père monoparental de Havre-Saint-Pierre, son fils et sa belle-soeur, le quatuor d’amies de Claire, etc. Ce qui fait beaucoup de matière narrative potentielle à exploiter pendant des années et encore plus d’affaires à arranger avec le gars des vues : dans cet aréopage, chacun finit évidemment par être à deux poignées de main de tous les autres.


Plusieurs histoires


Le gars des vues ? Plutôt le gars et la fille des écrans, soit Patrick Lowe, auteur de Toute la vérité, et Chantal Cadieux, scénariste de Providence, qui s’allient pour cette nouvelle écriture à quatre mains. Au visionnement de presse, mardi matin, le duo de collaborateurs se réjouissait d’avoir « beaucoup d’histoires à développer » une fois les personnages « installés dans les premiers épisodes ».


Cette mise en contexte se fait à traits lourds, comme si les dialogues avaient été écrits directement au surligneur. Chaque fois qu’un personnage en rencontre un autre, il déballe artificiellement son C.V. ou leur organigramme commun, pour bien situer leurs rapports. Ce qui fait par exemple que quand une fille du docteur Berthier en rencontre une autre, à l’urgence, la première lui donne du « Tiens, ma petite soeur » tandis que la seconde réplique : « Je le sais bien que tu es psychiatre et urgentologue, mais… ».


Bref, l’info fournie en concentré pendant les deux premiers épisodes donne la nausée. Les multiples trames dramatiques (l’hôpital, les couples, la famille, les amis, les régions…) accentuent l’impression de regarder une créature télévisuelle bâtarde des séries Urgence, Un sur 2 et O’. Le temps estompera certainement cet effet de trop-plein d’histoires cousues de fil blanc pour permettre à Mémoires vives de respirer un peu.


La production a aussi des qualités indéniables, à commencer par une impressionnante brochette de comédiens qui comprend également Maude Guérin, Catherine De Léan et Patrick Drolet, encore une fois campé dans un rôle d’adulescent un brin asocial. Ce téléroman respecte aussi les nouvelles règles du genre qui le rapproche un peu de la série par sa facture. Des budgets respectables (près de 400 000 $ l’épisode) permettent notamment des tournages extérieurs, y compris en région éloignée.

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le courrier des écrans. Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.