À voir le vendredi 21 décembre - De père en fille

Soutenu par des archives captivantes et quelques entrevues ciblées, le documentaire La saga des Bhutto ou la politique dans le sang éclaire crûment les 40 dernières années de l’histoire du Pakistan. Des faits et de la perspective, on ne demande pas plus. Ni moins. Encore qu’en miroir, on voudrait bien qu’une suite soit réalisée autour des Sharif, la famille rivale.
 
Les Bhutto ont joué un rôle prépondérant pendant toutes ces décennies. Le reportage défait l’idée, plus ou moins bien entretenue, qu’ils ne furent jamais au fond que des martyrs des efforts de démocratisation. À commencer par papa, Zulfikar Ali Bhutto, homme brave et occidentalisé, pendant intellectuel de l’Indien Jawaharlal Nehru. Mais, sitôt élu en 1971, après des années de dictature militaire, il fait l’impasse sur les résultats de l’élection au Pakistan-Est et écrase les objections dans la répression, ce qui débouchera sur la création du Bangladesh indépendant.
 
La démocratie à la sauce Bhutto est mal partie… Éducation, santé, agriculture: Zulfikar ne réforme pas, il laisse grossir l’armée, ouvre la porte aux islamistes et, virant autocrate, manipule outrageusement les élections de 1977… avant d’être pendu, ce qui va le déifier, par le général Zia deux ans plus tard.
 
Du père à la fille: le documentaire ne fait pas plus de quartiers à Benazir, si tragique que fut son destin. Première ministre dans les années 1990, elle ferme les yeux sur les magouilles d’Asif Ali Zardari, son ultracorrompu de mari. Son projet démocratique finit par se réduire à des chicanes de famille. Elle écarte sa mère. Elle bloque toute enquête sur l’assassinat, en septembre 1996, de son frère Murtaza, rival politique.
 
Le reportage s’ouvre et se clôt sur son retour d’exil et son assassinat en décembre 2007. La boucle est bouclée. Grande dame déboulonnée. Dans la foulée, Zardari a pris le relais, est devenu président. Il l’est toujours. «Le pouvoir, ici, a six lettres: Bhutto», dit Fatima, la fille de Murtaza.