À voir le lundi 17 décembre - La vérité des écrans

La téléréalité est devenue une des réalités incontournables de la télé. La fiction forme l’autre mamelle du petit écran. Il n’y a rien de naturel là-dedans, en ce sens que la télé aurait aussi bien pu développer davantage le créneau des talk-shows, des documentaires historiques ou des jeux télévisés, pourquoi pas?
 
Le gros avantage de la téléréalité, c’est son coût. En général, elle ne coûte pas grand-chose, du moins par rapport à la fiction. Lâcher deux douzaines de candidats sur une île déserte pour les regarder s’éliminer les uns les autres (comme dans Survivor) demande beaucoup moins d’investissement que de lâcher deux douzaines de comédiens sur une île naturelle et surnaturelle pour scénariser leurs échanges pendant six saisons (comme dans Lost).
 
Seulement, ce genre maintenant hyperpopulaire, il a bien fallu l’inventer. C’est sur cette origine que revient Cinéma vérité. Le film se concentre sur le tournage de la toute première émission américaine du genre, An American Family, une vraie de vraie téléréalité diffusée à PBS en 1973.
 
L’histoire raconte la genèse, le développement et l’aboutissement du tournage. La famille Loud, choisie pour l’expérience, se la coule douce en Californie dans une grande et belle maison moderne. La mère est jouée par Diane Lane, le père par Tim Robins. Avec leurs beaux grands enfants, ils semblent filer le parfait bonheur.
 
L’observation et la présence des observateurs finissent par chambouler la vie des observés. Le tournage révèle par exemple de lourds secrets sur certains membres de la famille parfaite, des choses enfouies qui n’auraient probablement jamais germé sans l’aide des caméras fouineuses qui triturent encore plus le réel au montage. La téléréalité, c’est le mensonge enjolivé par le gars des vues.
 
Les mises en abyme se superposent. Il s’agit donc d’une fiction sur une téléréalité et d’un film sur une émission de télé. Il s’agit en plus d’une production de HBO, le réseau ayant stimulé la nouvelle vague de fictions de qualité à la télé américaine. Il s’agit surtout d’un sujet très, très riche qui met en question la gestation des étranges et troublants rapports entre le réel et le virtuel dans notre époque hyperbranchée.