À voir le dimanche 9 décembre - Stupeur et frétillements

Au cours des 15 dernières années, le Français Mathieu Amalric s’est imposé comme l’un des meilleurs acteurs de sa génération, voire un peu plus, à travers des films atypiques et signés tels Fin août, début septembre, Le scaphandre et le papillon, ou encore Rois et reine. De fait, sous des dehors iconoclastes se cache un artiste exigeant qui choisit soigneusement ses metteurs en scène autant que ses rôles.
 

Révélé par Arnaud Desplechin dans Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) puis imposé par lui encore dans Un conte de Noël, Mathieu Amalric possède, à l’instar d’Isabelle Adjani, ce grain de folie propre à changer une bonne interprétation en une grande performance. Mais à la différence de la vedette d’Adèle H. qui se consume dans chacun de ses rôles, Amalric infuse à l’inverse un humour ravageur à ses compositions du seul fait de sa présence à l’image.
 

En effet, une lueur polissonne brille en permanence dans son regard perçant. Sans surprise, toutes ces caractéristiques (l’excentricité, l’intelligence, l’humour) se retrouvent dans la première réalisation du comédien, Tournée, une œuvre aussi inclassable que son metteur en scène.
 

Ancien producteur télé, Joachim Zand (Amalric, tel qu’en lui-même) est de retour d’un exil aux États-Unis où il a recruté une troupe burlesque constituée de femmes plantureuses donnant dans l’humour et la titillation. De Toulon au Havre en passant par La Rochelle, flanqué de cette improbable famille artistique ainsi que de ses deux enfants négligés, Joachim trimbale sa caravane de port en port en caressant des rêves de «come-back».
 

On l’a écrit au moment de la première de Tournée à Cannes en 2010, où le film a par ailleurs remporté le Prix de la mise en scène, il y a du Fellini dans la faune charnue réunie par Mathieu Amalric, dans le regard amusé et amoureux que ce dernier pose sur elle également. Cela étant, tant sur le fond que dans la forme, Tournée demeure une proposition résolument originale et libre, à l’image de son auteur.