Télévision à la une - L’illusion canadienne?

Ils demeurent en Saskatchewan, en Alberta ou à Terre-Neuve et partagent avec environ 40 % des Québécois l’idée que leur province serait mieux servie par l’indépendance que par une présence au sein de la confédération. Soit. Mais c’est probablement là le seul point commun à relever entre le mouvement séparatiste québécois et ceux du ROC, observe-t-on dans le documentaire Les États-Désunis du Canada.

Les réalisateurs Guylaine Maroist, Michel Barbeau et Éric Ruel s’attaquent dans ce film au mythe d’un pays uni coast to coast et dont le seul enfant rebelle serait québécois. Ce portrait — symbolisé par le grand love-in d’octobre 1995 — est un trompe-l’œil, indiquent les cinéastes. Car à divers degrés et pour diverses raisons, des Canadiens de l’Ouest et de l’Est entretiennent eux aussi un ressentiment contre le pouvoir central exercé à Ottawa.
 

Confronter une impression

Guylaine Maroist a sillonné le pays pour confronter cette (naïve) impression voulant «que tous les Canadiens sont unis derrière le castor et la feuille d’érable» ou qu’ils sont «émus d’entendre l’hymne national». Ce qui n’est pas exactement le cas de tous. «Le Canada est un cas désespéré. Il ne suscite aucune passion. Ce n’est qu’une triste illusion de ce qu’un pays peut être», tranche l’avocat britannico-colombien Douglas Christie, un des plus ardents promoteurs de l’indépendance de l’Ouest, fondateur de quelques partis et figure controversée de l’extrême droite canadienne (on le connaît notamment comme défenseur de nazis).
 

D’autres indiquent ailleurs leur incapacité à définir l’identité canadienne (ce que relevait en partie un sondage réalisé par la Fondation Trudeau dont Le Devoir faisait état le 21 novembre) et évoquent des différences de valeurs profondes entre l’Ouest et l’Est: attachement aux armes, droits des homosexuels, avortement, environnement, exploitation des ressources naturelles... les sources de division sont nombreuses. Mais le documentaire met en lumière le fait que ces mouvances séparatistes s’appuient surtout sur des considérations économiques. La séparation pour des raisons culturelles ou sociales, on laisse ça au Québec.
 

La péréquation comme catalyseur

Dans l’Ouest, Douglas Christie et ses acolytes enragent notamment contre le système de péréquation qui permettrait aux «socialistes» québécois de se payer des programmes sociaux financés par le pétrole albertain. Ils n’ont toujours pas digéré non plus le Programme énergétique national de Pierre Elliott Trudeau.

Directeur de la Canada West Fondation, Roger Gibbins résume en disant que l’économie industrielle développée en Ontario et au Québec après la Deuxième Guerre mondiale a mis en marge l’Ouest canadien, loin de ce «Canada urbain, bilingue et industriel». «On n’était pas dans le coup, dit M. Gibbins, alors que le Québec a eu le poids politique et démographique pour protéger sa vision de la société canadienne.»

On rappellera ici que la frange réformiste du Parti conservateur au pouvoir est née il y a plus de 20 ans autour du slogan «The West wants in»: l’Ouest voulait du pouvoir et voulait se faire entendre. Dont acte.
 

À Terre-Neuve, la volonté séparatiste prend racine dans un mélange de ressentiment anti-Ottawa né avant même que la province ne rejoigne la confédération, à la fin des années 1940, et dans une colère alimentée par le peu d’efforts déployés par le gouvernement fédéral pour aider les pêcheurs en crise.
 

Sujet intéressant que celui de ce documentaire, assurément. Mais plusieurs bémols pondèrent son réel intérêt. Le contenu, d’abord: nulle part le film ne permet de mesurer la réelle importance et la puissance de ces mouvements. On évoque bien un sondage mené il y a quelques années — où on situe l’appui à l’indépendance de l’Alberta au même niveau qu’au Québec —, mais on ne fait pratiquement pas mention de la marginalité des partis et des intervenants qui défilent à l’écran.
 

Avant de dire que le Canada se disloque de l’intérieur, il aurait été utile de situer que le Western Bloc Party a recueilli 750 votes au dernier scrutin fédéral. Que le Western Independance Party de la Saskatchewan a reçu précisément 58 votes aux élections provinciales de novembre 2011. Que le Separation Party de l’Alberta a fait à peine mieux en avril 2012 avec 68 votes…

Le film se termine d’ailleurs sur le constat que l’élection du Parti conservateur du Canada et de Stephen Harper a pour le moment calmé toutes les velléités exprimées ailleurs dans le film.
 

De manière générale, la recherche n’a pas permis d’aller plus loin que ce qu’un lecteur régulier de la presse nationale — ou une personne ayant suivi un tant soit peu le parcours du Reform Party — peut connaître des tensions intra-nationales.
 

Le contenant, ensuite: difficile de passer à côté de l’agacement de la narration. Guylaine Maroist, dont les passages récents à Tout le monde en parle ou à la radio ont pourtant montré les capacités de communication, s’en tient ici à un langage parlé très familier («le gars su’l dix piasses», «un m’ment donné», «pis eux autres y en veulent pas», etc.) qui n’apporte pas grand-chose au documentaire et lui donne l’allure d’un film amateur. Dommage, parce qu’il y avait de la matière.

 

Les États-Désunis du Canada, à Canal D, dimanche, 19h

1 commentaire
  • Yves Perron - Inscrit 8 décembre 2012 08 h 22

    Évidence

    Jamais on a réussi un pays dans lequel il y a deux visions...encore moins quand il y a deux peuples. Le Canada est une ''gimmick'' : Un collage de plusieurs peuples qu'on tente de souder ensembles avec une colle qui est faite pour un seul morceau...

    Le Canada n'aura été qu'une suite de vols , de promesses non tenues, d'hypocrisie, de mensonges, et un rêve d'impérialistes britaniques . Comme tout ce qui est ou a été géré et colonisé par les Britaniques n'a jamais fonctionné correctement. Allez voir dans l'histoire de ces pays et vous verrez que le Canada , Isrël, l'INde, ont été organisés par les Britaniques qui ne savent que diviser et mettre à genoux ceux qui ne sont pas Brits...