Scènes de la vie extraconjugale

La jeune comédienne Camille Felton incarne la fille unique du couple avec une impressionnante qualité de jeu qui ne jure pas avec celle des deux vieux pros, Claude Legault et Céline Bonnier.
Photo: Yan Turcotte La jeune comédienne Camille Felton incarne la fille unique du couple avec une impressionnante qualité de jeu qui ne jure pas avec celle des deux vieux pros, Claude Legault et Céline Bonnier.

Il l’a trompée. Elle l’a expulsé. Et depuis, il essaie fort, fort de recoller les pots cassés. Un sur 2, le nouveau feuilleton de TVA, brode autour de ce canevas riche et simple, au potentiel de projection et de transfert surdimensionné. Le titre lui-même renvoie au fait qu’un couple sur deux se sépare au Québec. Très peu tentent de se ressouder. À peu près aucun ne réussit. Celui-ci fera-t-il exception ?

Cette autopsie d’une séparation repose d’abord sur la qualité des interprètes. Claude Legault et Céline Bonnier jouent Luce et Michel, les amoureux profondément blessés. Leurs nouveaux rôles (ils ont tourné ensemble le film French Kiss en 2011) leur vont presque trop bien, tellement bien en fait qu’on a parfois peine à croire qu’ils se sont entre-déchirés, qu’ils ne se ressouderont pas.


Claude Legault s’éloigne de ses rôles d’intenses torturés pour incarner un mari repentant, un père aimant qui fait l’ange après avoir fait la bête. Céline Bonnier, elle, délaisse ses compositions de femmes marginales pour un rôle de mère responsable. La jeune comédienne Camille Felton incarne leur fille unique avec une impressionnante qualité de jeu qui ne jure pas avec celle des deux vieux pros. Bravo.


Le scénario et les dialogues de Donald Bouthillette et Daniel Chiasson, deux scripteurs des spectacles d’humour, constituent l’autre force indéniable de cette production simple, mais immédiatement attachante. La télévision québécoise surproduit les histoires de couple et de famille. Celle-ci, vue et revue, sur un thème éculé de l’amour après la chute, a le mérite d’exposer les différents points de vue, y compris ceux de la famille élargie et des amis proches, sans jamais en favoriser aucun. Chacun cherche et trouve sa vérité dans ce quotidien difficile. Le portrait d’ensemble repose sur la multiplicité des perspectives, chacune valable, même et surtout quand elle en contredit une autre.


Mieux, le ton juste et léger, sur un sujet grave, évite les pièges de la causticité et du cynisme si courant dans les productions humoristiques québécoises. Un sur 2, c’est le contraire d’Adam et Ève, lancé la semaine dernière par Radio-Canada, où un couple visité à trois temps de la vie ne se sépare pas, mais devrait le faire.


En plus, le réalisateur Claude Desrosiers (Les rescapés, Les hauts et les bas de Sophie Paquin…) a eu la bonne idée de « démontréaliser » cette histoire universelle pour la camper à Verchères, en région quoi, au bord du fleuve. C’est d’ailleurs sur son voilier que Michel est parti pendant trois mois avec sa nouvelle flamme avant de prendre conscience de sa gaffe et de tenter son retour à la maison et dans l’entreprise familiale, une petite quincaillerie.


Il y aura dix épisodes de trente minutes cet automne. Une deuxième saison est en préparation. Reste à voir ce qui pourra bien rester comme sauce à étirer après cinq heures à recoller des morceaux de couple…

La diffusion de Un sur 2 commencera mardi prochain.