Télévision à la une - L’autre Trou Story

Alors que la campagne électorale est dans la dernière ligne droite et que le premier ministre sortant, Jean Charest, n’a pas pu faire de son Plan Nord un enjeu central, l’occasion est idéale de revoir le documentaire L’or des autres, qui se penche sur le rapport de force inégal entre minières et citoyens.

En 2006, la compagnie Osisko annonça qu’elle exploiterait la plus grande mine aurifère à ciel ouvert du Canada en plein coeur de la ville de Malartic, en Abitibi. Le projet impliquait le déménagement ou la démolition de plus de 200 maisons et de plusieurs bâtiments, dont deux écoles. Avec la promesse de 465 emplois en dix ans à la clé, personne ne jugea bon de se prononcer contre la vertu. Depuis, des citoyens ont vécu des expériences pénibles, certains estimant s’être fait avoir. Bref, des voix discordantes se sont élevées.

«On est traités comme l’ennemi par les autres juste parce qu’on pose des questions. Personne n’en pose, comme si ce qui se passe ne nous regardait pas», se désole Annette Trudel, l’une de ces citoyennes qui, après avoir dit oui, a déchanté. Il y a aussi cette adolescente,Myriam Germain-Sylvain, qui estime que les autorités municipales ont bradé le sous-sol collectif, ajoutant qu’Osisko a refusé de verser quelque redevance que ce soit et que ses dirigeants sont maintenant seuls maîtres du logis. «Le panneau publicitaire dit: “Recréons de la richesse à Malartic.” Ça ressemble plus à: “Faisons de l’argent avec Malartic et sacrons notre camp après”», ironise-t-elle sans joie.

La mine fatiguée, un sexagénaire observe plus loin: «On se croirait dans une république de bananes. Les méthodes utilisées sont à peu près les mêmes qu’en Afrique, à la différence qu’ils ne nous tirent pas dessus. Ça, ils ne le peuvent pas.» Sourire las, voix éteinte, et dans le regard une impuissance qui tue à petit feu. Bref, pour plusieurs, le temps n’est pas aux réjouissances.

Beaucoup de citoyens interrogés par le documentariste Simon Plouffe, un enfant de la région, se montrent pourtant ravis. «Moi, j’suis r’gagnant: j’vais avoir une cave neuve, un quartier neu’, des voisins neu’», se réjouit l’un d’eux. Il n’est pas le seul, et le réalisateur leur donne également la parole.

Au nord de Malartic

L’or des autres ne possède ni la facture ni la densité de recherche de Trou Story, de Richard Desjardins et Robert Monderie, mais il en constitue un complément plus que valable. Le film a été produit avec pas grand-chose, et cela se voit. La facture est celle d’un reportage, mais le documentaire est traversé çà et là par des plans évocateurs de la nature alentour. Qui plus est, le désir de Simon Plouffe d’attirer l’attention sur un sujet de société fichtrement important est plus que louable. D’autant qu’en pleine campagne électorale, on n’entend guère parler des mines. Dans L’or des autres, l’ambiguïté de l’article 235 et la toute-puissance qu’il semble accorder aux minières qui s’en drapent sont justement remises en cause.

Oui, mais on en parle, des mines. On parle du Plan Nord, non? Lors du débat des chefs du 19 août, même Françoise David parlait de possibilités d’emploi pour les femmes. N’empêche, on est loin de l’enjeu central qu’aurait nul doute voulu en faire Jean Charest. Mais, pour le compte,Malartic se situe au sud de ce Nord-là, l’eldorado des aspirants grands bâtisseurs.Voilà qui fait une belle jambe à Annette Trudel.

À cet égard, le passé sera-t-il garant de l’avenir? Autrement dit, peut-on s’attendre à ce que des documentaires exposant les contradictions et les injustices petites et grandes perpétrées au nom de la richesse «collective» de quelques-uns soient tournés dans un futur proche au sujet de nouvelles mines, plus au nord?

C’est dire qu’au final, pour modeste qu’il soit, le documentaire L’or des autres s’avère pour le moins instructif. Surtout, il pose des questions pertinentes à l’aube de ce que certains qualifient de vaste braderie alors que d’autres y voient au contraire une formidable occasion économique.

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1 commentaire
  • Michaël Lessard - Abonné 31 août 2012 22 h 54

    Merci

    Merci à ce documentaire, que je viens de voir, qui donne vraiment la parole à plusieurs personnes à Malartic.

    On y découvre ce qui est, à mon avis l'essentiel : au lieu de négocier collectivement avec la communauté, les gens, à la place la compagnie avait le droit au Québec de négocier cas par cas. En plus du fait que certaines personnes peuvent se sentir petites ou moins bien négocier, c'est surtout que la communauté n'a pas pu vivre un processus lui permettant de collectivement voir comment les choses devraient se faire, comment assurer leur avenir, etc. Les communautés, face à de grands projets puisant les ressources naturelles, ne pouvaient pas vraiment accepter, refuser ni négocier.

    Il y a une nouvelle loi sur les mines, ce qui est déjà un pas vers l'avant, considérant qu'on ne peut pas dire qu'il y avait des lois avant...

    Mon sentiment en écoutant le tout est que mes frères et soeurs, mon peuple, s'est fait avoir et je le prends mal.