À voir le lundi 30 juillet - Un bavard est un homme qui parle seul

Le Saguenay, lors d’un hiver particulièrement rigoureux. Marcel Lévesque a 67 ans, mais n’entend pas prendre sa retraite de sitôt. Vendeur de voitures émérite, il arriverait à vendre un frigidaire à un Esquimau, pour reprendre l’expression consacrée.

Or c’est plutôt à de futurs chômeurs qu’il vend des véhicules qu’ils n’ont pas vraiment les moyens de se payer. Marcel n’en est pas moins un homme bon. Il a simplement une vision du monde sélective. Ainsi, il ne prend pas la pleine mesure du contexte économique catastrophique que vit sa communauté, qui vit des emplois d’une usine de pâtes et papiers sur le point de fermer. Marcel est consumé par son métier, et seulement deux choses parviennent à l’en distraire: sa fille Maryse et son petit-fils Antoine, qu’il adore. Comme c’est trop souvent le cas lorsqu’on traverse l’existence avec des oeillères, il faudra une tragédie pour éveiller la conscience engourdie de Marcel.


Le vendeur, un premier long métrage affichant une maîtrise rare, a permis au cinéaste saguenéen Sébastien Pilote de s’imposer d’emblée comme une voix nouvelle et prometteuse du cinéma québécois. Tourné dans son coin de pays avec un regard d’une acuité remarquable, jamais complaisant ou folklorisant parce que posé par quelqu’un de la place et non par un réalisateur en visite, Le vendeur résonnera particulièrement fort auprès des travailleurs et travailleuses qui font les frais depuis quelques années déjà de telles fermetures d’usines, ou qui ont appris à la dure le sens du terme délocalisation. D’ailleurs, de nombreux spectateurs américains émus sont allés parler à Sébastien Pilote après la projection de son film au Festival de Sundance.


Très assuré tant sur le plan de l’écriture que sur celui de la mise en scène, belle mais jamais maniérée, Le vendeur voit sa force d’impact tranquille décuplée grâce à l’interprétation bouleversante de Gilbert Sicotte (Les vautours, Continental: un film sans fusil). Son jeu tout en finesse dans Le vendeur rappelle, d’une part, quel grand acteur il est et, d’autre part, qu’on l’a trop peu vu au cinéma.

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