Télévision à la une - Le sujet délicat de l’aide médicale à mourir

Cela se fait en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg et, si la tendance se maintient, cela pourrait bien se faire aussi ici, au Québec.

L’euthanasie, qu’un récent rapport de commission parlementaire a récemment incluse dans la définition, plus vaste, de l’aide médicale à mourir, est au coeur du documentaire Visa de départ de Pierre Jomphe et Martin Métivier.


Il présente les interrogations d’un Québec en réflexion sur le sujet et l’exemple de la Belgique, où l’euthanasie a été légalisée en 2002.


Au Québec, les réalisateurs ont rencontré de nombreux citoyens, tenant tous un discours plutôt favorable à un assouplissement de la législation sur les soins de fin de vie. Ils ont également rencontré des médecins, qui expriment leur opinion personnelle sur la question et expliquent les difficultés posées par ce sujet extrêmement délicat.


Ainsi, le Dr Yves Lamontagne, qui était président du Collège des médecins au moment du tournage du documentaire, avoue que pratiquer l’euthanasie est un acte très difficile à poser pour un médecin. «C’est un geste assez lourd sur le plan émotionnel», concède son collègue le Dr Dominique Lossignol, de l’Institut Jules Bordet, en Belgique.


De son côté, le médecin en soins palliatifs Yvon Beauchamp se demande quelle attitude il prendrait si son frère mourant demandait qu’on pose un tel geste. Prendrait-il une décision de frère ou de médecin? se demande-t-il, avant de répondre qu’il enlèverait probablement son sarrau de médecin pour l’occasion.


Au sujet de la sédation palliative, qui vise à endormir le malade en toute fin de vie jusqu’à ce qu’il meure, le Dr Beauchamp reconnaît qu’elle dure parfois beaucoup plus longtemps que ne le souhaiteraient les médecins. La durée moyenne d’une sédation palliative est de quatre jours, dit-il, mais il arrive que cette épreuve se poursuive pendant 17, voire 20 jours.


Dans ces moments-là, pénibles pour tout le monde, «je n’aurais moralement pas de difficulté à penser à l’euthanasie», admet le Dr Beauchamp.


Belgique


En Belgique, il se pratique désormais, selon les documentaristes, quelque 800 euthanasies par année.


Ce nombre augmente d’ailleurs régulièrement de quelque 10 % par année, dit Marc Englert, de la Commission belge de contrôle de l’euthanasie.


La pratique de l’euthanasie a entre autres comme conséquence que plus de gens peuvent mourir à domicile, ce qui est le souhait de la majorité des citoyens, au Canada comme ailleurs.


Au Québec, le documentaire nous présente le témoignage troublant de Ghislain Leblond, atteint d’une maladie dégénérative, qui se déplace en fauteuil roulant.


«J’ai besoin d’aide constamment», dit cet homme, qui craint par-dessus tout de devenir complètement «prisonnier de son corps», en plus de se sentir «inutile», voire «nuisible», d’avoir peur d’être «un poids pour les autres», et de vivre des frustrations permanentes.


 

Parallèlement, Sylvie Coulombe, veuve de Laurent Rouleau, lui-même atteint de sclérose en plaques et mort par suicide, témoigne de la volonté très claire de son conjoint de mettre fin à ses jours, alors qu’il disait «être arrivé au bout de son corps».


Le documentaire sème toutefois le doute dans les esprits lorsqu’il nous présente le comédien Albert Millaire, lui-même en rémission d’un cancer depuis dix ans.


M. Millaire témoigne cependant de la mort de sa mère, une femme forte ayant vécu au-delà de 90 ans, mais à qui l’euthanasie aurait épargné plusieurs années d’une vie diminuée, en proie à la démence, sourde et aveugle.


Touchant du doigt la lancinante peur de souffrir, donc, le documentaire met la table pour un débat qui n’a pas fini de faire couler de l’encre au Québec.

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