À voir à la télévision le vendredi 16 mars - La dernière fugue

Les héroïnes de la cinéaste française Catherine Corsini ont souvent en commun d'être tenaillées par une vague insatisfaction existentielle. Ainsi «la nouvelle Ève» Karin Viard décide-t-elle de poursuivre le grand amour après avoir nié son existence. Ainsi Pascale Bussières, la dentiste rangée de La répétition, s'agrippe-t-elle à son ancienne amie vedette afin d'aspirer un peu de sa vie. Portraits inspirés auxquels s'ajoute aujourd'hui celui brossé dans le très beau Partir, avec Kristin Scott Thomas.

La star incarne Suzanne, la fin de la quarantaine séduisante, épouse de chirurgien et mère de deux adolescents. Le sud de la France, une demeure cossue... Suzanne a le sourire fréquent et chaleureux, aussi pourrait-on la croire comblée si ce n'était cette résignation tranquille qu'on décèle parfois au creux de ses yeux verts, pour peu qu'on la regarde. Mais comme personne ne s'en donne plus la peine... Arrive Ivan, un ouvrier embauché par le mari. Il la voit. Et la façade de contentement de Suzanne de voler en éclats.

Prête à tous les renoncements, cette femme intelligente et sensible s'abandonne à cette passion réciproque parce que, comme elle le dira elle-même à son époux, elle ne peut pas faire autrement. Au lit avec Ivan, sa vie semble presque dépendre de leur fusion. En porte-à-faux avec les agissements de sa protagoniste, la cinéaste privilégie une mise en scène savamment mesurée. Le contraste fait merveille.

En mari hautain plus vexé qu'attristé, Yvan Attal est impeccable. En amant rustre mais entier, Sergi Lopez dégage un magnétisme qui ne rend que plus crédibles les actions de Suzanne. Surtout, l'évolution psychologique rapide, extrême même, de celle-ci fonctionne grâce à l'interprétation extraordinaire de Kristin Scott Thomas qui, comme elle a si bien su le faire dans Il y a longtemps que je t'aime, module une interprétation d'exquis paradoxes. Ex-taularde revêtant un manteau d'épines pour protéger sa blessure chez Philippe Claudel, elle joue pour Catherine Corsini l'exaltation tout en établissant un tempérament réfléchi. Un portrait inspiré, oui. Et une actrice qui l'est plus encore.

Cinéma: Partir
Super écran, 13h40