À voir à la télévision le mardi 13 mars - Entre exhibitionnisme et désoeuvrement

L'argent n'achète pas le bonheur: on connaît l'adage. La vie d'Édith Bouvier Beale et de sa fille unique, respectivement les tante et cousine de Jackie O., en constitue un exemple singulier.

Surnommées «Big Edie» et «Little Edie» parce que partageant les mêmes nom et prénom, mère et fille furent l'objet en 1975 d'un fascinant documentaire, Grey Gardens, qui levait le voile sur les conditions de vie précaires des deux femmes. Grey Gardens étant le nom de la propriété décatie d'East Hampton qu'elles partageaient avec une multitude de chats et de rongeurs, la chaîne HBO décida d'utiliser le même titre pour son drame biographique retraçant les grandes lignes d'un double destin finalement très triste.

Jessica Lange et Drew Barrymore incarnent avec beaucoup de panache ces deux bonnes femmes hautes en couleur. De leur jeu habité et très fidèle aux modèles originaux, on retient surtout la capacité des deux actrices à ne jamais forcer le trait, un exploit étant donné la dimension «plus grande que nature» des deux Edie.

Fidèle à ses standards de qualité, HBO a produit un téléfilm qui n'a de télévisuel que le format. Sans atteindre, loin s'en faut, les sommets de Churchill: pour l'amour d'un empire, des Anges d'Amérique et du récent Vous ne connaissez pas Jack, de hauts faits de la chaîne câblée favorite des cinéphiles, Grey Gardens s'avère un portrait bien écrit (la Canadienne Patricia Rozema cosigne le scénario) et, dans l'ensemble, bien réalisé. À la différence des productions précédemment citées, toutes réalisées par des metteurs en scène accomplis (Richard Loncraine, Barry Levinson), voire brillants (Mike Nichols), celle-ci fut réalisée par un débutant, Michael Sucsy, qui fait montre de plus de compétence que d'inspiration. Le recours à des images de synthèse pour tricher avec les extérieurs brise en outre la magie, ici et là. Cela dit, ne serait-ce que pour mesdames Lange et Barrymore, cette dernière particulièrement émouvante, Grey Gardens vaut le coup.

Cinéma: Grey Gardens
Artv, 22h