RBO en cadeau

Pas encore RBO? Oui, et franchement, ça vaut le coup de se taper cette nouvelle série hommage que la télévision de Radio-Canada programme les lundis soirs d'hiver à compter du 9 janvier.

Ça vaut l'effort pour ceux qui connaissent déjà les sketches par coeur et qui les redécouvriront enrobés de commentaires des humoristes et de mises en contexte des gags. Ça vaudra aussi la joie (et non la peine) pour les plus jeunes, qui pourront ainsi s'initier à la production amusante et souvent insolente d'une formidable bande de grands rigolos.

De toute façon, il est difficile d'échapper aux célébrations radio-canadiennes du 30e anniversaire de fondation de la formation comique. Toute la semaine, en matinée, à 10h, la Première chaîne radio diffuse des émissions spéciales (Génération RBO: parodie d'une époque). Le Web (radio-canada.ca/RBO) a aussi commencé à relayer les archives RBO, qui totalisent des centaines d'heures de télé et de radio.

La série RBO 3.0, point culminant de ces festivités, s'organise autour d'un regroupement thématique des sketches: la culture, la guerre des sexes, l'info, le sport, les minorités, la pub (deux fois) et la politique. Le canevas de base jumelle les pastiches à leurs sources d'inspiration: la vraie de vraie pub de Radio Shack à la fausse sur Radio Scrap, la vraie de vraie Pauline Marois baragouinant l'anglais et son imitation, et ainsi de suite.

«Comme chaque fois qu'on nous propose quelque chose, on a d'abord dit non, explique le membre fondateur André Ducharme, rencontré hier au visionnement de presse promotionnel. Après, on attend de se faire convaincre. Là, c'est la confrontation avec les originaux qui nous a intéressés.»

Plus ça change...

L'inspiration se révèle parfois encore plus drôle malgré elle. La politicienne Louise Harel s'avère par exemple encore plus soporifique «en vrai» et la pub de fondue Swiss Knight fait encore plus rire de malaise que sa parodie. Ce constat fait aussi regretter que les détenteurs de certains droits aient refusé de soumettre leurs productions au jeu cruel mais drolatique de la comparaison. C'est le cas pour les téléromans des années 1980 et 1990 de Lise Payette (Les dames de coeur, Les machos...).

Stéphan Bureau, grand «humourologue» québécois, rodé aux portraits de comiques à la télévision en marge du festival Juste pour rire, mène l'hommage. Ses entrevues se déroulent dans des lieux de référence, les bureaux du président de l'Assemblée nationale pour l'épisode sur la politique, une «cour à scrap» pour le premier des deux épisodes sur la publicité et la surconsommation.

Ces deux thèmes ouvrent et ferment la série. Le florilège fait rire, mais il prouve aussi jusqu'au désespoir à quel point la société québécoise change peu, finalement. L'ex-ministre Louise Harel pastichée en politicienne soporifique dirige maintenant l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de Montréal. Les débats constitutionnels perdurent. La chaîne V diffuse une version québécoise de The Price Is Right, qui prolonge les niaiseries infinies d'anciennes émissions comme Miser juste.

Le capitalisme est trop fort. RBO a ensuite été récupéré à son tour pour tourner des publicités. Stéphan Bureau ne manque évidemment pas de souligner l'apparent paradoxe. «On l'a vu comme des mégasketches, répond alors Guy A. Lepage. On avait besoin d'argent.»

RBO en manque probablement moins maintenant. Le quatuor occupe encore beaucoup, beaucoup de place dans le paysage télévisuel. Guy A. Lepage dirige Tout le monde en parle, André Ducharme s'occupe des émissions Opération séduction ou Un souper presque parfait à V, etc. RBO est encore partout, avec ou sans hommage...

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