Information télévisée à Radio-Canada - Le Téléjournal de 18 h est en pleine mutation

Le Téléjournal de 18 h cherche notamment à mieux refléter la diversité du Grand Montréal.<br />
Photo: Source radiocanada.ca Le Téléjournal de 18 h cherche notamment à mieux refléter la diversité du Grand Montréal.

Les cotes d'écoute disent tout et son contraire. Que le journal télévisé de 18 h de Radio-Canada a haussé sa popularité de 50 %. Qu'il se fait battre de manière gênante par les émissions légères de V. Qui dit vrai? Et de toute manière, où s'en va cette institution médiatique?

Si l'on était à Atomes crochus, l'animateur Alexandre Barrette lirait sur le carton: «Le Téléjournal de Radio-Canada est dans la...». Un des intellectuels de centre gauche du panel compléterait peut-être avec «mouise». Ou «crise». Ou «régression». On en est là.

Cet été, l'insignifiant jeu-questionnaire de V a parfois la barbe de la première portion du bulletin de 18h de Radio-Canada. Pour la seconde moitié, présentée de 18h30 à 19h, les reprises d'Un Souper presque parfait, émission cendrillon de la chaîne (quand même agréable, celle-là), ont mis au plancher les nouvelles du réseau d'État. Au plus fort, le compte s'établissait à deux pour un, à peu près 250 000 téléspectateurs d'un côté contre un demi-million de l'autre.

«Les données d'un soir ne signifient pas grand-chose, corrige Nathalie Moreau, chef de la promotion, Télévision et information de Radio-Canada (RC), dans un courriel envoyé au Devoir. Allons-y donc plutôt avec les moyennes et, surtout, avec les tendances générales. Le TJ est-il en régression ou en progression du côté de l'auditoire? Or la tendance pour ce qui est du TJ 18h cet été, c'est que l'auditoire et la part d'écoute progressent comparativement à l'été dernier à Radio-Canada, alors que ceux de TVA diminuent.»

Oh, pardon! Mme Moreau cite alors la «moyenne confirmée» au 7 août du TJ 18h de la région de Montréal pour la saison estivale qui s'étend du 4 avril au 7 août 2011, soit 176 000 auditeurs (15 % de part de marché) contre 125 000 (10 %) en 2010. Une hausse spectaculaire de 50 %!

Du côté de TVA, pour la même période, toujours dans la région de Montréal: la moyenne était de 313 000 (27 %) en 2011, contre 354 000 (29 %) en 2010. Une baisse de deux points. «La morale de l'histoire, c'est que la progression de V a un impact plus grand sur TVA que sur la SRC», conclut Mme Moreau.

Statistiquement vôtre...

Comme disait l'autre, il y a trois genres de mensonges: les petits, les gros et les statistiques.

Une autre lecture montre que le TVA Nouvelles de 18h diffusé partout au Québec passe parfois la barre du million tandis que RC ne semble plus dans la course avec ses scores totaux trois ou quatre fois moins élevés.

Surtout quand on considère les moyens déployés. À 176 000 téléspectateurs montréalais, le TJ de 18h se trouve à faire juste un peu mieux que le petit et pauvre Devoir qui se réclame d'à peu près 130 000 lecteurs par jour en semaine.

«Ça dépend de quoi on parle, répète Alain Saulnier, directeur général de l'information de Radio-Canada. Quand on parle de Montréal, on compare des pommes avec des pommes. Quand on parle du réseau de tout le Québec, on mélange. Pourquoi? Parce que, dans certains marchés, TVA présente 15 minutes de nouvelles nationales, puis 15 minutes de nouvelles régionales. Nous, nous présentons des éditions complètes sur nos différents marchés, avec un bulletin à Sherbrooke et un autre à Québec par exemple. La comparaison la plus valable doit donc comparer CFTM contre CBFT à Montréal. Et dans ce cadre, pour la portion de 18h, nous avons effectivement augmenté notre part de marché de cinq points pendant la période printemps-été.»

Cela dit, M. Saulnier ne nie évidemment pas la force de son concurrent. Il propose lui-même un parallèle avec Le Journal de Montréal, autre propriété de Quebecor, tout aussi dominant dans son secteur que les journaux télévisés de TVA.

«Nous devons non seulement avoir des cotes d'écoute respectables, comme service public, mais aussi avoir un impact médiatique important, enchaîne Jean Pelletier, premier directeur Information de la télévision française, qui dirige l'équipe du TJ. Il faut donc considérer l'impact qu'ont eu nos enquêtes, tout ce qui est repris dans les autres médias. On existe de façon importante.»

Le plan de match

D'accord. Arrêtons de torturer ces pauvres chiffres.

M. Saulnier expose alors deux axes fondamentaux guidant le travail de ses équipes: l'enquête et l'information internationale pour l'ensemble des émissions, et puis l'ancrage dans le milieu à couvrir, notamment pour mieux refléter la diversité du Grand Montréal.

«Tous les médias francophones sont en déficit du point de vue de la couverture de la diversité culturelle», dit M. Saulnier. M. Pelletier ajoute: «Autant par l'image qu'on projette que par ce qui existe et qu'on ne montre pas. Les micros-trottoirs, au lieu de les faire au square Phillips, on peut les déplacer près du marché moyen-oriental Adonis.»

La banlieue passe dans la mire. La journaliste culturelle Tanya Lapointe a couvert des événements en couronne cet été. La boîte développe un laboratoire baptisé 450 pour étendre cette couverture à d'autres secteurs tout en utilisant à fond les réseaux sociaux. Les premiers effets devraient aboutir en ondes avant la fin de l'année.

«Tout le monde cherche, mais, ce qui est sûr, c'est que nous allons nous servir de cette expérience du 450 pour enrichir nos contenus, faire passer encore plus d'information auprès des citoyens, explique le grand patron. Nous pourrons fournir des renseignements sur les services dans les banlieues et les régions. Nous pourrons aussi être alimentés en retour. Nous aurons des journalistes strictement réservés à cette couverture en va-et-vient. Nous nous donnons d'un an à 18 mois pour faire les premiers bilans. On élargira alors peut-être cette forme d'organisation partout.»

Popularité indéfectible

Ces plans prennent en compte le fait tout simple (et cette fois incontestable) de la popularité indéfectible des journaux télévisés. Que le TJ de RC aille bien ou mal, la télévision domine encore, et de loin, toutes les sources d'information et de divertissement. Il suffit de quatre jours de consommation télé du citoyen moyen pour cumuler un mois plein de consultation du Web. Selon une enquête réalisée en 2009 par le Centre d'études des médias de l'université Laval, un Québécois consacre 105 minutes par jour à différents médias, dont 42 minutes à la télévision (et deux de plus à la télévision sur Internet). L'information sur Internet (13 minutes) talonne le quotidien papier (16) et la radio (17).

«Les enquêtes montrent aussi que les gens s'informent sur 24 heures, conclut M. Pelletier. Ils écoutent la radio, lisent un journal, consultent Internet, mais le moment où ils font le plein d'information, c'est entre 18 et 19h. Dans le cas de Montréal, les gens veulent tout avoir, mais dans une perspective ancrée à Montréal. Quand survient une crise en Haïti, il nous faut l'examiner à partir de la communauté haïtienne d'ici.»

Bref, si les chiffres de cotes d'écoute disent tout et son contraire, la direction de l'information saurait très bien quoi répondre à son improbable passage aux Atomes crochus: le TJ de Radio-Canada est... dans la bonne voie.
2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 6 septembre 2011 14 h 28

    On ne peut pas battre TVA à son propre jeu

    Il fut un temps où le journal télévisé de R-C était cela : un bon résumé des nouvelles locales, nationales et internationales. Trop "sérieux", il a perdu des plumes au profit de la TV commerciale racoleuse dont le principe n'est pas de renseigner mais de divertir et de "vendre" ses autres émissions, ses magazines, et "ses"vedettes. Donc R-C a pris aussi le virage "people" avec, à 18h, un animateur de bonne volonté mais plutôt insignifiant. De bonnes notes toutefois à Gentile et à Schnobb (même si ce dernier fait parfois des reportages sur des sujets futiles, comme sur ce millionnaire qui prend l'hélicoptère de sa maison de Magog à son bureau de Montréal et produit autant de pollution à lui seul que quelques dizaines balieusards dans leurs voitures!)

  • Jean Lebel - Abonné 7 septembre 2011 12 h 00

    RC peut-il descendre plus bas?

    À ce jeu des cotes d'écoute, la télévision d'état en vient à copier la télévision privée, TVA et V. Pourquoi alors regarder le téléjournal? Maintenant on y retrouve en priorité les affaires criminelles, importantes lorsque ça saigne beaucoup, ou les accidents les plus horribles, avec des journalistes qui interrogent des gens qui n'ont absolument rien à dire. Autre priorité, les lancements, les shows, et autres spectacles qui occupent presque la moitié des «nouvelles». Ce type de publicité, est-ce de la nouvelle journalistique?

    Dans Radio-Canada, il y a le mot Canada mais il n'y a pratiquement rien de canadien dans les informations que le TJ de 18h00 nous transmet. C'est beaucoup plus ici Radio-Montréal, qui vous présente tous les spectacles que vous pourriez voir si vous aviez la chance extraordinaire d'habiter en ville.

    Le TJ de RC en région, surtout hors Québec, est encore plus désolant. Il s'est donné pour mission d'informer les francophones des évènements dans leur communauté. Ainsi, on parlera beaucoup de l'exposition des fermières de Moose Lake mais pas de l'entente signée entre les USA et Moscou concernant l'Arctique (à Montréal non plus d'ailleurs).

    Par moment, je me demande s'il y a quelqu'un à RC qui regarde le TJ! Si on retire les reportages insignifiants et sans intérêt, les multiples publicités que l'on répète pour être sûr que le téléspectateur a bien compris (peut-être qu'il en avait profité pour aller aux ... ), le téléjournal dans sa forme actuelle se conclurait rapidement en 5 minutes tout au plus. Voilà une belle économie!