À voir à la télévision le mercredi 6 juillet - Les pieds sur terre, la tête dans les étoiles

L'un des observatoires les plus prisés par les astronomes se trouve dans le désert d'Atacama, au Chili. Les cieux sont là-bas d'une transparence inégalée, paraît-il. Alors qu'une voix hors champ relate l'histoire récente du pays, de la révolution au coup d'État fomenté par le général Pinochet, l'observatoire construit à la même période est révélé du dedans comme du dehors. Non loin de là subsistent les vestiges de Chacabuco, un vaste camp d'emprisonnement où les prisonniers de Pinochet travaillaient comme mineurs, souvent jusqu'à ce que la mort survienne comme une délivrance.

Inhospitalier et glacé, le désert d'Atacama a conservé ces morts-là momifiés. Conjointes, survivants et descendants de l'horreur arpentent aujourd'hui encore ses plaines arides à la recherche d'objets ayant appartenu à leurs disparus; une trace, un vestige de leur existence volée. Dans l'observatoire, un télescope géant scrute l'univers chichement éclairé par la lueur résiduelle d'étoiles mortes.

La Nostalgie de la lumière est l'une des rares oeuvres du documentariste chilien Patricio Guzmán à avoir pris l'affiche chez nous. Oeuvre contemplative, ce très beau film d'essai, à cheval entre le film d'art et le documentaire, propose une méditation prenante sur l'idée de mémoire: celle de la terre, celle des cieux et celle des gens. Avec une aisance suggérant qu'il s'agit de la chose la plus simple du monde, Patricio Guzmán combine des préoccupations historiques, politiques et esthétiques qui, dans leur mise en images, frappent l'imaginaire et l'envoûtent.

Aucune narration n'est requise, un commentaire poétique relayant informations et réflexions alors que se succèdent des tableaux d'une beauté fragile, émouvante. Filmés sur le terrain, souvent dans l'action, astronomes, scientifiques, rescapés de Chacabuco et autres parents endeuillés témoignent, sobres partages.

En symbiose avec son propos, le cinéaste recourt à des techniques visuelles désuètes, comme des effets de transparence et de lents fondus enchaînés qui superposent de manière évocatrice deux segments. L'ensemble rend compte d'un grand raffinement et d'un sens évident du lieu, de la lumière et de la composition. Il en résulte une oeuvre inclassable et foncièrement humaine.