À voir à la télévision le jeudi 7 juillet - Entre Orwell, Kafka... et les Monty Python

Lorsqu'il mit la touche finale à son ambitieuse fresque de science-fiction Brazil, le cinéaste Terry Gilliam se fit faire par ses producteurs chez Universal Pictures le même coup que Ridley Scott avec Blade Runner trois ans plus tôt chez Warner. En gros, on remonta son film afin de le rendre plus «facile à lire» et, surtout, on changea la fin de manière à suggérer un dénouement heureux. Bref, on dénatura son œuvre.

La guerre de notes entre Terry Gilliam et Universal fut épique, mais lorsqu'il comprit qu'il n'aurait pas gain de cause, l'auteur projeta secrètement son premier montage aux critiques de Los Angeles qui lui décernèrent le prix de leur association. Si Universal consentit alors à revoir ses positions, il reste que la version projetée en Amérique du Nord ne fut pas tout à fait la même que celle utilisée en Europe et qui correspondait à la vision originale de Terry Gilliam.

Fortement inspiré du roman 1984, Brazil ajoute à sa trame des motifs kafkaïens et l'humour surréaliste caractéristique des Monty Python, groupe auquel appartenait le cinéaste. Comme dans l'intrigue de George Orwell, on s'attache au parcours d'un petit fonctionnaire d'un État totalitaire ultrasurveillé.

Sujet aux rêveries en état de veille, Sam Lowry (merveilleux Jonathan Pryce avant qu'on ne l'abonne aux rôles de méchants) se voit en héros volant au secours d'une belle inconnue. Un jour, il croise ladite belle inconnue (Kim Griest, oubliée). Dans l'intervalle, la bévue d'un autre fonctionnaire a mis en branle une série de malentendus bureaucratiques dont les conséquences pourraient être funestes...

Il est des séquences dans ce film proprement inoubliables: Icare, le lifting de la mère, le (vrai) dénouement... Les décors et la mise en scène sont les vraies vedettes de cette dystopie géniale.

En dépit d'oeuvres subséquentes très fortes, comme Le Roi pêcheur, L'Armée des 12 singes et L'Imaginarium du docteur Parnassus, Brazil constitue encore la quintessence du génie malmené de Terry Gilliam, un cinéaste dont la signature fantaisiste teintée de pessimisme demeure unique.