À voir à la télévision le samedi 2 juillet - Les hasards du coeur

Début de carrière prometteur que celui de la cinéaste Nancy Savoca. Lauréate en 1989 du Grand Prix du jury à Sundance pour son premier film, True Love, on vit tout de suite en elle une voix importante du nouveau cinéma indépendant américain, alors en pleine ébullition. L'une des rares femmes à figurer sur une liste de talents prometteurs comptant des patronymes comme Coen, Jarmusch, Hartley et Lee, Nancy Savoca connut sur le long terme des fortunes diverses. Toutefois, ses deux œuvres subséquentes, Household Saints et surtout Le Défilé (Dogfighten en version originale), auront au moins confirmé que l'on n'avait pas eu tort de s'emballer.

Avec autant d'économie que de minutie, Le Défilé recrée les petits quartiers du San Francisco de 1963: petits bars et commerces, intérieurs tamisés. Les États-Unis viennent d'entrer en guerre au Vietnam. Avec l'arrogance de la jeunesse et la désinvolture de ceux qui ignorent qu'ils sont sur le point de perdre leur innocence, Eddie et ses copains soldats se promettent une dernière soirée mémorable à la veille de leur mobilisation.

Leur plan: inviter des laiderons à une soirée, celui ayant déniché la plus moche remportant la palme. Tristes sires.

Dans un café, Eddie fait la connaissance de Rose, une jeune pacifiste dont l'idole est Joan Baez. L'estimant qualifiée pour le concours, il lui sort le grand jeu. Une fois sur place, Rose comprend tout et sert à son cruel cavalier ses quatre vérités. Sauf que, dans l'intervalle, Eddie s'est pris d'intérêt pour Rose. Peut-être même d'amour.

Racontée sans flafla mais avec une délicatesse émouvante, cette histoire toute simple est interprétée par deux merveilleux acteurs dont le jeu senti et vrai contribue à rendre le film spécial. Disparu trop tôt, River Phoenix (Compte sur moi, Mon Idaho) confirme dans le rôle d'Eddie son instinct très sûr et sa grande sensibilité. Beaucoup trop rare, Lili Taylor (Chassés-croisés, I Shot Andy Warhol) rappelle qu'à Hollywood, le niveau de notoriété est souvent inversement proportionnel à la somme de talent.