Télévision - Tir groupé sur le paranormal

Faire tourner des tables, c'est drôle, mais pas trop. Un imposant groupe de scientifiques, de sceptiques et de promoteurs du sens critique viennent de porter plainte officiellement contre l'émission de Chantal Lacroix, Rencontres paranormales, devant le Conseil canadien des normes de la radiodiffusion (CCNR). La tromperie et la culture de l'obscurantisme, inhérentes à cette proposition télévisuelle, selon eux, ont motivé la démarche.

Les esprits ont quitté l'antenne, mais les sceptiques leur courent toujours après. Une vingtaine de scientifiques, d'universitaires et de sceptiques viennent de déposer officiellement une plainte visant l'émission Rencontres paranormales devant le Conseil canadien des normes de la radiodiffusion (CCNR), a appris Le Devoir.

Le président de l'Association des communicateurs scientifiques du Québec, Mathieu-Robert Sauvé, le président de l'Association francophone pour le savoir (Acfas), Pierre Noreau, l'astronome didacticien des sciences Pierre Chastenay, le directeur du Centre de recherche en éthique de l'Université de Montréal, Daniel Weinstock, et le physicien Dany Plouffe, qui depuis des mois mène campagne contre l'émission, sont au nombre des signataires. En choeur, ils dénoncent le caractère insidieux du concept télévisuel porté par Chantal Lacroix qui abuserait de la crédulité des téléspectateurs et le fait en se prenant au sérieux.

Dans un document déposé devant le CCNR, un organisme d'autorégulation mis en place par les radiotélédiffuseurs, le groupe estime que Rencontres paranormales, diffusée en novembre, décembre et avril dernier sur les ondes du réseau TVA, contrevient aux articles 6 et 17 du Code de déontologie de l'Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) qui oblige à présenter les choses de «manière complète et juste» et impose aux diffuseurs d'augmenter leur «influence éducative». En gros.

Présentée en quatre volets, avec des cotes d'écoute qui ont dépassé le million de téléspectateurs, Rencontres paranormales met en scène le médium Roger Mainville qui prétend faire parler les morts par l'entremise d'une table tournante. L'émission, animée et coproduite par Chantal Lacroix, propose également des rencontres avec des citoyens témoins d'activités paranormales dans leur environnement. Chaque épisode présente un avertissement assurant que les «événements sont réels et n'utilisent aucun effet d'illusion».

Les sceptiques qui pourfendent ce programme télévisuel estiment plutôt qu'il s'agit de charlatanisme auquel TVA cherche à donner une aura scientifique. Ils appellent le télédiffuseur à se consacrer plutôt au développement du sens critique de ses téléspectateurs, au lieu d'attiser l'obscurantisme.

Joint par Le Devoir hier, Luke Bélanger, coproducteur de l'émission, s'est une fois de plus dit étonné par «l'acharnement» du groupe de scientifiques «sur [son] show». Récemment, un mouvement baptisé Cartes sur table a été mis en place pour forcer le médium à démontrer scientifiquement sa capacité à communiquer avec les esprits.

«Nous ne sommes pas des malfaiteurs, a-t-il ajouté. Le paranormal, ce n'est pas nous qui l'avons inventé. Il y a plein d'autres émissions de ce genre à la télévision. J'ai l'impression que plusieurs personnes cherchent à se donner beaucoup de visibilité en s'attaquant ainsi à nous.»

Comme le prévoit le fonctionnement du CCNR, la plainte va être transmise à TVA, qui va devoir répondre au groupe. Le Conseil pourrait par la suite statuer du bien-fondé, ou pas, de la plainte.
13 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 17 juin 2011 05 h 57

    Pas de censure

    Je n'ai jamais regardé l'émission de Chantal Lacroix.Tout ce que j'en connais, c'est ce qu'a rapporté un reportage à son sujet.
    Vouloir censurer une telle émission est contre-productif. C'est lui donner du crédit auprès de son public cible: les naïfs peu instruits.
    La meilleure façon de contrer ces charlatans, c'est l'information entre autres par des reportages critiques à leur sujet tels que celui déjà diffusé sur cette émission. C'est une marque de confiance envers l'intelligence des gens.
    La liberté d'expression implique qu'on doive tolérer la diffusion de choses stupides. La censure est trop dangereuse.

  • Socrate - Inscrit 17 juin 2011 07 h 00

    mesmer

    Le mesmérisme n'était pas très loin du mémérisme en réalité, et tout comme tout comme l'hypnose, il serait bien dificile à circonscrire. Aoummmm-hahoummmm-aouhhhmmm, esprits, êtes-vous là?

  • Marc Lemieux - Inscrit 17 juin 2011 09 h 33

    @ André Chevalier

    On peut diffuser des choses stupides, chacun est libre de regarder ce qu'il veut, mais quand ces choses sont sensées révéler la vérité, et ce type de vérité, c'est un peu plus embattent.

    Les groupes de télévisions ne devraient pas, à la base, les diffuser, pour des questions de profit rappelons le, et si ces émissions ont tendance à faire croire n'importe quoi peut être qu'il faut les interdire.

    Le rôle de l'État est aussi de protéger le citoyen, car il existe des esprits, des vrais cette fois ci, qui sont influençables, et une personne dont le compte bancaire fini entre de mauvaises mains est une personne de trop.

    La liberté d'expression ce n'est pas - l'obligation - de devoir être naïf ou aveugle au nom du droit de dire ou de faire absolument tout ce que l'on veut.

  • Dany Plouffe - Inscrit 17 juin 2011 10 h 17

    Liberté d'expression, censure et la plainte

    Pour répondre au commentaire de M. Chevalier, le but de la plainte n'est pas de censurer l'émission. Les plaintes au CCNR sont déposées après la diffusion d'une émission, et ne peuvent pas empêcher qu'une émission soit diffusée.

    Le but de la plainte est de plutôt demander à TVA de reconnaître que l'avertissement n'était pas approprié. Celui-ci est trompeur et ne reflète pas le contenu de l'émission. Une copie de la plainte sera bientôt mise sur le site www.latable.ca pour que vous voyez mieux ce dont il est question.

  • Savard Pierre - Inscrit 17 juin 2011 13 h 45

    De visibilité


    Le coproducteur de l’émission Luke Bélanger affirme «Nous ne sommes pas des malfaiteurs, (…) Le paranormal, ce n'est pas nous qui l'avons inventé. Il y a plein d'autres émissions de ce genre à la télévision. J'ai l'impression que plusieurs personnes cherchent à se donner beaucoup de visibilité en s'attaquant ainsi à nous.».

    Il ne semble pas que les plaignants traitent qui que ce soit de malfaiteurs. Ils ne semblent pas reprocher à l’équipe de Rencontres Paranormales d’avoir inventé le paranormal non plus. Monsieur Bélanger doit savoir que ce qui est déploré par tous ces gens suite à la diffusion de ces émissions est qu’elles laissent croire au téléspectateur qu’elles sont des reportages portant sur les résultats d’enquêtes « scientifiques » démontrant l’existence d’entités surnaturelles. Le principal irritant, comme toute entité constituée de chair, os et conscience devrait le comprendre, est l’avertissement inapproprié qui précède ces émissions.

    Il est possible que plusieurs personnes cherchent à se donner de la visibilité, entre autres une certaine entreprise de chasse aux fantômes, une entreprise de production d’émissions télévisuelles, des propriétaires de musées, discothèques, restaurants, sites touristiques et commanditaires. Cela n’étonne personne. Que diverses personnalités œuvrant dans le domaine des communications, de l’éducation, de la science et du scepticisme y tirent une certaine visibilité, est tout à fait normal. Il s’agit de retombées latérales. Dans de telles circonstances, Leur mandat oblige ces gens à se présenter au public. Ils ne font qu’accomplir ce qu’ils considèrent comme leur devoir.