Télévision à la une - Chanter la rencontre

Photo: Artv

En télévision, la notion de «concept» séduit autant qu'elle effraie. D'une part, on recherche sans cesse la bonne idée, le nouveau truc qui plaira à un public prompt à se faire aller la zappette en cas d'ennui. D'autre part, paradoxa-lement, une fois qu'on possède une formule gagnante, on tend à la décliner et à la recycler, privilégiant ainsi une zone de confort dépourvue de risque, voire d'intérêt. Long préambule pour rappeler que l'inédit en télévision (et dans les arts en général, pendant qu'on y est), lorsqu'il survient, doit être signalé et, pour peu qu'il s'avère convaincant, célébré. En cela, la nouvelle série documentaire de la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette (Le Ring) mérite certainement quelques éloges.

Divisée en dix épisodes d'une demi-heure, la série Les Voix humaines propose une suite de rencontres inusitées avec création à la clef. Grosso modo, les artisans de la série ont approché différents auteurs-compositeurs-interprètes de la relève — certains sont plutôt bien établis — et ont proposé à chacun une plongée dans un milieu qui lui est inconnu.

Des échanges survenus naîtra une chanson que l'artiste interprétera devant les gens visités (et que le téléspectateur pourra télécharger sur le site d'Artv).

Éviter les écueils de la sensiblerie

Les risques d'une telle gageure sont nombreux. On craint d'emblée la complaisance, du genre «voyez comme nos chanteurs sont humains et proches du monde», ou encore l'exploitation du pathos par une caméra voyeuse chassant sans vergogne la larme au coin de l'oeil de qui la verse.

Ce serait mal connaître le travail de la réalisatrice principale (qui cosigne avec Maryse Legagneur et Mathieu Vachon). Anaïs Barbeau-Lavalette n'a en effet jamais fait montre de tels excès et, une fois encore, on sent qu'elle a su gagner la confiance des participants, dont certains livrent avec une grande générosité une part de leur intimité profonde, oublieux d'une caméra attentive mais respectueuse.

Sur le lot, certains épisodes se démarquent en puissance tandis que d'autres fonctionnent moins, fatalement. Parfois, le courant ne passe pas vraiment, par exemple lorsque l'excellent groupe Radio Radio débarque chez les moines cisterciens. Mais là encore, l'expérience se révèle intéressante, ne serait-ce que pour la teneur des images glanées et la nature candide des propos recueillis. De même, le désarroi initial de Fred Fortin devant un enfant autiste donne lieu à un abandon créatif qui débouchera sur une oeuvre sentie.

Le meilleur pour le début?


La série commence en lion avec Ariane Moffatt qui va se familiariser avec l'univers des travailleuses du sexe (escortes, masseuses, danseuses, avec distinctions entre les unes et les autres). Dans ce cas-ci, l'ouverture et la grande curiosité de la chanteuse engendrent un dynamisme qu'a bien su rendre la documentariste. Virée dans les loges du Café Cléopâtre, puis à l'organisme de soutien Stella.

Et une chanson, enfin, vraiment, vraiment excellente, verdict ému de la muse à l'appui.

De façon similaire, les moments partagés par Mara Tremblay et une femme victime de violence conjugale qui commence à se refaire une vie donnent lieu à des passages poignants. Une chaleur humaine palpable irradie de l'écran lorsque l'auteure de Tu n'es pas libre entonne sa création.

Parmi ces «voix humaines», on pourra également entendre celles de Vincent Vallières à la garnison des Forces canadiennes de Saint-Jean-sur-Richelieu, Andréa Lindsay dans un refuge pour sans-abri, Damien Robitaille chez les débroussailleurs africains, Jorane discutant avec les usagers de l'hôpital Louis-H.-Lafontaine et Catherine Major adoptée par une grand-mère haïtienne rescapée du récent tremblement de terre. La série se conclura le 26 avril avec le séjour de Yann Perreau dans la communauté algonquine de Kitcisakik, en Abitibi. Bref, un concept qui fonctionne, à consommer pendant qu'il est frais.