À voir à la télévision le samedi 18 décembre - Il n'est personne>

Chez Roman Polanski, une plage grise en bord de mer, balayée par un vent humide, n'annonce jamais rien de bon. Macbeth en fit les frais, et avant lui les protagonistes de Cul-de-sac. La séquence d'ouverture de L'Écrivain fantôme confirme cela de belle façon: un traversier accoste, des véhicules en sortent, mais l'un d'eux demeure à bord, immobilisé, sans conducteur. Où se trouve ce dernier? Plus loin, une dépouille a été recrachée par la marée.

Le fantôme du titre est un habile tâcheron de la littérature à qui l'on a confié le délicat mandat

de rédiger «l'autobiographie» du premier ministre britannique sortant, lequel est plongé en pleine tourmente politique. Dans la propriété Bauhaus de celui-ci, notre fantôme fera d'inquiétantes découvertes qui l'amèneront à se demander si son prédécesseur, dont on dit qu'il s'est suicidé,

n'aurait pas plutôt été assassiné.

Après un lancement prometteur à la Berlinale, où Roman Polanski s'est vu décerner le prix de la mise en scène — et plus on voit le film, plus on prend conscience de la brillance de celle-ci —, L'Écrivain fantôme a raflé ces jours-ci tous les principaux prix des European Film Awards.

Parmi une brochette d'acteurs dont on a su tirer le mieux (Pierce Brosnan, Olivia Williams, Kim Cattrall, Tom Wilkinson), Ewan McGregor brille avec intelligence et retenue. À la fin, il quitte le cadre comme il y est entré au début: sous un ciel lourd et gris, prêt à lâcher une inévitable averse. Et c'est dans l'ordre des choses puisque, à y bien penser, plus que la mer, l'eau en tant qu'élément rime toujours avec funeste chez Polanski; qu'on pense à son premier film, Le Couteau dans l'eau, à Chinatown (eh oui), à La Jeune Fille et la mort, et, surtout, à Lune de fiel. Peut-être l'explication de l'échec retentissant de son joyeux Pirates réside-t-elle dans ce que l'auteur a voulu rendre pimpant ce qu'il associe si naturellement à la tragédie?

Cinéma / L'Écrivain fantôme
Super Écran, 21h05