Télévision à la une - L'OSM en musique et en images

Beau coup réussi par Kent Nagano et l'OSM: pour marquer la saison de son 75e anniversaire en 2008-2009, l'orchestre a réussi à intéresser la documentariste allemande Bettina Ehrhardt. Cette dernière a suivi le chef et ses musiciens lors des temps forts de cette saison-événement avec, au final, un beau livre d'images et de souvenirs, du concert au Centre Bell, en présence des gloires du hockey, à la salle Pleyel de Paris, en passant par une visite chez les Inuits.

Montréal Symphonie est un film de plus d'une heure et demie qui se consomme tranquillement et ne nécessite aucune connaissance musicale particulière. Il ne regorge pas de propos et d'analyses de fond sur la musique, mais accompagne avec à-propos, et même une sorte de tendresse, cette année musicale particulière.

Articulé en divers épisodes, au fil des différents projets, Montréal Symphonie traduit bien l'ambiance de ces étapes. Ainsi, la section, après une quarantaine de minutes, sur le voyage de Kent Nagano et quelques musiciens au Nunavik nous en apprend plus sur le chant de gorge et la composition créée pour l'occasion que l'entier documentaire Tusarnituuq! Nagano au pays des Inuits, d'une autre équipe, diffusé il y a quelques mois.

Laisser la musique s'installer

Le talent de Bettina Ehrhardt est dans l'habile mosaïque de ces moments, qu'elle décide de ne jamais survoler, laissant à la musique ou à l'ambiance spécifique le temps de s'installer (d'où, d'ailleurs, la durée du film). Ces étapes comportent le concert pour chants de gorge et petit orchestre avec l'oeuvre créée par Alexina Louie, le Chant de la terre de Gustav Mahler à Paris, la 7e Symphonie de Bruckner; le Concerto pour animateur de radio avec René Homier-Roy et son équipe, ainsi que le projet phare de cette saison anniversaire: la présentation en concert de l'opéra Saint François d'Assise d'Olivier Messiaen.

Le documentaire a aussi le mérite de respecter son propos initial, célébrer l'orchestre et son chef, sans verser dans une sorte de «naganomania». Les témoignages complémentaires sont souvent pertinents pour saisir la vitalité du projet musical montréalais. Le plus admirable est celui du clarinettiste André Moisan au bout d'une cinquantaine de minutes. En quelques phrases, il explique les singularités du jeu des instrumentistes à travers les habitudes forgées par la langue qu'ils parlent. Cinq ou six André Moisan dans un documentaire et celui-ci deviendrait incontournable. Car ces éléments didactiques sont indispensables. On en a un bon exemple dans l'intervention des percussionnistes oeuvrant dans l'opéra de Messiaen et qui décrivent clairement les sources ornithologiques de l'écriture musicale.

La représentation de Saint François d'Assise

La partie musicalement la plus fascinante est évidemment celle autour de la représentation de Saint François d'Assise, où le parti pris de Bettina Ehrhardt de laisser le temps au temps prend tout son sens à travers des témoignages, des extraits de répétition et de concert. Dommage de ne pas avoir le sentiment de l'exceptionnel interprète du rôle-titre. L'autre grand moment est le

Chant de la terre de Mahler à Paris lors d'une tournée européenne au printemps 2009.

La réalisatrice allemande, spécialiste des documentaires culturels et musicaux — elle est l'auteure en 2001 d'Un sillage sur la mer - Abbado, Nono, Pollini, primé au Festival international du film sur l'art —, s'en est tenue à son propos: Montréal Symphonie est un portrait filmé de la 75e saison de l'Orchestre symphonique de Montréal et ne fait pas référence à l'histoire de l'orchestre et à ses directeurs musicaux antérieurs.

L'ambition de la réalisatrice était surtout de singulariser l'expérience musicale montréalaise en mettant en lumière la mosaïque de cultures ou comment la vie urbaine de la métropole teinte l'expérience musicale à travers les yeux et projets de Kent Nagano. Contrat rempli!

Montréal Symphonie
Radio-Canada, dimanche à 22h35.