À voir à la télévision le vendredi 3 décembre - Quand la passion ne suffit pas

Dès son décès à 27 ans des suites d'une surdose, le destin tragique de la chanteuse Janis Joplin intéressa Hollywood. Voilà l'histoire unique d'une jeune femme complexée, au physique jugé ingrat, mais dotée d'un organe vocal sans pareil qui, à force de persévérance et de passion, devint une star de la musique respectée de ses pairs, tel Leonard Cohen qui lui dédia la magnifique Chelsea Hotel.

Mais derrière la réussite, une détresse jamais guérie continuait de tenailler la chanteuse, qui tentait de faire écran à celle-ci en s'injectant du poison dans les veines. N'importe quel studio aurait voulu raconter ce parcours-là, mais la famille de Janis Joplin a toujours chassé les vautours (deux projets récents ont d'ailleurs avorté). En 1979, la 20th Century Fox eut l'idée de contourner les ayants droit en brodant une fiction autour du réel.

Le résultat, The Rose, connut un beau succès et permit à un plus large public de découvrir une artiste jusque-là inconnue des masses: Bette Midler. Chanteuse et comédienne qui se produisait dans des petits cabarets et même dans des saunas gais, Midler partageait avec Joplin une gueule atypique, à des lieues des canons de beauté généralement privilégiés à Tinseltown. Surtout, la première avait en commun avec la seconde de posséder une voix puissante capable de monter en des envolées râpeuses et désespérées. Le film fonctionne avant tout pour cela: même si Janis Joplin n'est jamais nommée et que tout a été mis en oeuvre, au chapitre des parallèles biographiques, afin d'éviter toute poursuite, Bette Midler réussit brillamment à canaliser l'énergie, l'esprit mais aussi le désespoir du modèle non avoué.

The Rose jouit d'une mise en scène très soignée de Mark Rydell, un cinéaste estimable à qui l'on doit, entre autres, Les Cowboys, souvent considéré comme le meilleur John Wayne, et La Maison du lac, film-retrouvailles pour Henry et Jane Fonda. Dans la version panoramique originale, la direction photo de Vilmos Zsigmond (McCabe & Mrs Miller, Rencontres du troisième type) est particulièrement impressionnante.