À voir à la télévision le jeudi 2 décembre - Nuits d'ivresse

Cinéaste imprévisible capable du pire (Hotel, Cold Creek Manor), du meilleur (Stormy Monday, Liebestraum) et du moyen (One Night Stand, Miss Julie), le Britannique Mike Figgis n'a, à ce jour, jamais égalé la maîtrise qu'il déploie dans Leaving Las Vegas, film qui a valu à Nicolas Cage un Oscar d'interprétation bien mérité. Lui donnant la réplique, Elisabeth Shue (mise en nomination) est tout aussi brillante.

Cage est Ben, un scénariste brillant mais paumé de Hollywood qu'un alcoolisme chronique a conduit au chômage. Décidé à toucher le fond, notre loque autoproclamée part pour Las Vegas dans le but avoué de boire jusqu'à ce que mort s'ensuive. Là-bas, il fait la connaissance de Sera, belle et intelligente prostituée aux prises avec des démons bien à elle.

Une onde de sympathie circule entre eux et Ben accepte de vivre avec elle, pour peu qu'elle le laisse boire. Et comme l'amour a ses raisons que la raison ignore...

Difficile d'imaginer histoire d'amour plus mélancolique ou couple plus désespéré. Pourtant, Leaving Las Vegas évite tous les pièges du misérabilisme et opte plutôt pour une approche feutrée teintée d'un onirisme discret tributaire, surtout, de la direction photo,

naturaliste mais pourtant très évocatrice, de Declan Quinn (Breakfast on Pluto, Rachel Getting Married). La caméra attentive de Figgis fait le reste et certaines scènes exigent beaucoup du spectateur sur le plan émotionnel.

Interprété avec moins de sensibilité, sans doute ce récit de deux êtres meurtris pansant l'un et l'autre leurs plaies, leur solitude, aurait été moins prenant. Mais la qualité de jeu est là, et Leaving Las Vegas brille d'ores et déjà aux côtés des similaires The Lost Weekend et The Days of Wine and Roses.