Télévision à la une - La grande épopée des Stastny

Les frères Stastny<br />
Photo: Télé-Québec Les frères Stastny

Pour quiconque a grandi à Québec dans les années 1980, c'étaient quasiment des dieux. Une sorte de sainte Trinité du hockey fleurdelisé. Peter, Anton et Marian Stastny. Trois frères, un nom mythique et un trio d'exception. Mais aussi un parcours qui sortait largement du cadre sportif.

C'est cette histoire, mêlant politique, espionnage et trahison, que Télé-Québec présentera les mercredis 1er et 8 décembre. Réalisé par Philippe Desrosiers (Les Francs-tireurs) et coscénarisé par Mathieu Fournier, le documentaire Stastny raconte en deux heures la grande épopée de ces trois joueurs qui ont changé le destin des Nordiques de Québec.

Pas juste des Nordiques, d'ailleurs: leur approche du jeu bouleversait les conceptions du hockey à l'américaine. Formidables passeurs de rondelles, les Stastny ont mis les joueurs professionnels devant la réalité du jeu européen. «Domper» la rondelle dans le fond de la zone adverse? Pas pour Peter, non merci. Une rondelle, ça se transporte, ça s'échange, et ça se met dans le but.

Cela dit, l'aspect hockey est plutôt secondaire dans ce documentaire. La trame de fond dépasse ainsi les exploits sportifs et les buts tic-tac-toe pour se situer dans le contexte sociopolitique de la défection des Stastny et de leur arrivée en Amérique.

Bien mis en contexte

Raconté par les trois principaux protagonistes, le récit de l'évasion est bien mis en contexte. À l'heure où le hockey est joué par des millionnaires de 20 ans qui s'achètent des faux manoirs à Brossard pour refaire leur décoration en direct à la télévision, réentendre l'histoire de la fuite des frères Stastny permet de mesurer un certain écart dans le vécu. Mettons.

Ainsi donc, fin des années 1970, les Stastny dominent le hockey tchécoslovaque. Mais les tensions sont nombreuses avec le régime communiste. Peter raconte avoir été approché par le KGB pour devenir informateur, au risque de perdre son droit de jouer au hockey. Il élabore alors avec son frère Anton le projet de passer à l'Ouest et d'aller jouer dans la LNH, à Québec. Les deux profiteront d'un tournoi à Innsbruck pour fausser compagnie à leur équipe et rejoindre Marcel Aubut et Gilles Léger à l'ambassade canadienne.

Derrière, ils laissent à peu près tout. Mais surtout Marian, qui apprend le projet de ses frères quelques heures avant son exécution. Père de trois enfants, l'aîné ne peut suivre Peter et Anton. Il raconte que, malgré la chaleur de cette journée d'août 1980, il fut saisi d'un frisson glacial. Instantanément, il saisit les impacts qu'aura cette défection. Car c'est sur lui que la colère des autorités retombera. Banni du hockey tchécoslovaque, surveillé en tout temps par la police, Marian voit l'avenir se refermer devant lui pendant que ses frères éblouissent l'Amérique et s'intègrent à merveille dans leur société d'accueil.

Le tout pour le tout

Après un an de ce régime, Marian Stastny joue le tout pour le tout: il place sa jeune famille dans sa voiture et annonce qu'il part en «voyage». Pour déjouer les autorités, il fait un détour de plusieurs centaines de kilomètres et franchit la frontière yougoslave, premier pas vers son arrivée à Québec.

C'est l'un des petits défauts du document: le récit de l'évasion n'est pas le plus complet ni le plus clair qui soit (le livre de Claude Larochelle Les Nordiques, 10 ans de suspense en racontait plus en 1982). Mais il est donné de première main. Et il permet surtout d'aller droit au coeur du drame que les frères ont vécu. Trente ans après les événements, Marian Stastny n'a ainsi jamais pardonné la «trahison» de ses frangins. Dans sa voix, on sent encore l'étendue d'une colère profonde.

Si on note une trop grande attention portée à la carrière politique de Peter Stastny, député au Parlement européen depuis 2004, le documentaire de Philippe Desrosiers se révèle globalement plein d'intérêt. Il révèle au final la vraie stature des Stastny: celle qui concerne leur droiture.

Stastny
dans le cadre de Question de société
Télé-Québec, les mercredis 1er et 8 décembre à 21h.