À voir à la télévision le mercredi 3 novembre - S'isoler pour mieux recommencer

Dans un vaste appartement dépouillé, un beau jeune homme et une belle jeune femme se défoncent, planent, puis s'endorment. Elle se réveillera, lui, pas. Endeuillée et très enceinte, Mousse, c'est son nom, partira en contrée basque, au bord de la mer, histoire de se purger, de se libérer, bref, de se retrouver. Recevant la visite de Paul, le frère du défunt, Mousse s'ouvrira lentement à une amitié, à un équilibre inattendu.

Sur cette trame toute simple, François Ozon tisse une intrigue aux accents tour à tour mystérieux et chaleureux. Son film, Le Refuge, produit une fois de plus cette espèce de pouvoir de fascination discret, mais indéniable, propre à l'auteur, qui fait que l'on se plaît à revisiter des films comme Sous le sable, La Piscine ou 5X2. Comme dans les deux premiers, l'atmosphère se fait par moments éthérée, alors que le réel se révèle fantasmé au détour d'une scène, d'un battement de paupières.

Abordant de front le thème de la maternité douze ans après son moyen métrage Regarde la mer, dont ce film-ci constitue presque une antithèse, Ozon affirme un oeil empathique et attentif au personnage déjà apparent dans le magnifique Le temps qui reste, sans doute son oeuvre la plus achevée, que Le Refuge passe près d'égaler.

Comme d'habitude, la forme exquise mais jamais ostentatoire — Ozon fait même preuve d'une retenue confinant parfois au minimalisme — ne fait pas écran à l'histoire et aux interprètes.

À cet égard, Isabelle Carré, réellement enceinte au moment du tournage, trouve ici son plus beau rôle depuis Anna M. Melvil Poupaud et le chanteur Louis-Ronan Choisy la secondent avec grâce.

On peut être reconnaissant à TV5 de permettre à ce bel opus d'un cinéaste dont la maîtrise technique continue d'en gêner plusieurs d'être enfin visible en sol québécois. Une semaine après que le festival Image + nation a eu l'initiative de le présenter sur grand écran, ceux, nombreux, qui n'habitent pas Montréal pourront ainsi découvrir cette oeuvre délicate et mesurée sur laquelle aucun distributeur d'ici n'a jugé opportun de miser.

Cinéma / Le Refuge
TV5, 20h