À voir à la télévision le dimanche 31 octobre - Les animateurs s'animent

Dans la portion télévisuelle de cet agenda culturel, on couvre tout, des jeux stupides rameutant des millions et des millions de téléspectateurs comme des reportages sérieux, bien faits mais sans plus. De temps en temps, rarement, parce que l'excellence naturellement se réserve à la goutte, de temps en temps, donc, arrive un bijou qui stimule le bonheur du téléspectateur. En voici un.

L'Épine mentale est un très beau et très instructif travail de Mathieu Bergeron et Yves Martel consacré aux cinéastes d'animation contemporains. On sort de ce visionnement comblé, avec le sentiment exultant d'avoir été initié aux arcanes d'un monde merveilleux mais négligé. Le survol synthétique expose six cinéastes pour adultes et leurs oeuvres en passant du très sobre noir et blanc des studios pour les entrevues aux extraits fabuleusement animés.

Barry Purves travaille avec des marionnettes et a réalisé 70 métrages, souvent sur des sujets graves de la culture classique, le théâtre japonais ou Shakespeare. Le Québécois Jacques Drouin maîtrise la rare technique de l'écran d'épingle d'Alexeïeff.

Sa collègue Tali dessine nerveusement et énergi-quement. Le Suisse Georges Schwitzgebel et le Belge Raoul Servais bossent aussi à l'ancienne, avec des crayons et des pinceaux. Le film donne également la parole à Marcel Jean, ancien collaborateur du Devoir, spécialiste du cinéma d'animation.

Pjotr Sapegin, né en Russie, établi en Suède, manipule la pâte à modeler et les poupées de plastique. Une scène terrible de son film Aria dure moins d'une minute et a nécessité 36 heures de travail. La scène montre une marionnette qui sort du cadre et s'autodétruit, pièce par pièce, au son d'un extrait de Madame Butterfly. «Nous voulons tous être des dieux, d'une certaine manière, en créant un petit monde», dit le démiurge dès l'introduction de ce documentaire, qu'il faut donc regarder ce soir.

Portraits / L'Épine mentale
Artv, 19h