À voir à la télévision le dimanche 24 octobre - Sida USA

Le sida venait de débarquer à Hollywood. Avec un peu de retard sur la France. Il est vrai qu'aux États-Unis, le sida avait déjà fait quelques percées, notamment à travers And the Band Played On de Roger Spottiswoode, mais Philadelphie scelle le vrai début des ligues majeures de fiction dans le domaine. Et pas dans les mains de n'importe qui. C'est Jonathan Demme, le cinéaste du Silence des agneaux, qui dirige ici des acteurs de renom: Tom Hanks et Denzel Washington. On a mis le paquet pour démocratiser la délicate question.

Le film est une ode à la tolérance, envers l'homosexualité, entre autres, traditionnellement sujet tabou. Quant au drame social du sida, le voici livré dans sa quotidienneté sinistre: l'emploi qu'un avocat perd quand ses patrons le découvrent atteint du mal fatal et sa lutte pour faire valoir ses droits, ainsi que les préjugés qu'il rencontre sur son chemin. Voici l'Amérique placée devant ses contradictions. Une Amérique qui s'avoue malade, injuste et intolérante, loin du bel idéal d'harmonie collective derrière lequel elle s'est si longtemps drapée. Le tout, c'est là le phénomène nouveau et intéressant, à travers une production pour toute la famille, avec les perches habituelles: bons sentiments, violons, etc. Mais on plonge avec le sujet.

Andrew (Tom Hanks) vit avec son petit ami une liaison paisible quand, au hasard d'une rencontre éphémère, il contracte le mal. Avocat, il perdra son emploi et ira porter sa cause dans les mains de Joe (Denzel Washington), qui d'abord l'enverra promener avant de céder, par compassion. C'est la discrimination que Joe pourfend dans le film, héros moderne qui combat le moulin à vent de la mesquinerie collective.

Le film suivra le procès et ses coulisses, ainsi que les allers-retours de Joe, «macho» typique qui laissera tomber ses propres préjugés.

Dans l'ensemble, Philadelphie est une oeuvre qui s'efforce de faire reculer les limites du film grand public, en y incorporant des éléments plus raffinés, comme cette trame musicale souvent intéressante dans laquelle se mêlent audacieusement le rock et l'opéra. Même si la structure du film et les techniques de caméra demeurent conventionnelles, elles ont l'immense mérite de venir encadrer un thème qui n'osait dire son nom en Amérique malgré l'hécatombe des morts.

Cinéma / Philadelphie
Cinépop, 21h55