Télévision à la une - Ça rentre au poste

De Banco banco au Banquier, des Tannants à Sucré salé, de À la canadienne à Star Académie, des Berger à Yamaska, de Pierre, Jean jasent à Deux Filles le matin, de Patofville à Denis Lévesque, la programmation a beaucoup changé depuis la fondation de Télé-Métropole, il y a 50 ans. Les supports de ces émissions aussi, pour ne pas dire plus, comme le montre la «salle des machines» de la nouvelle émission Fidèles au poste!, utilisant allègrement cette «matière brute», d'hier à aujourd'hui, conservée sur des supports archaïques.

«On a du 3/4 et du 1 pouce, du Betacam et du Betacam digital, et même des vieux formats en bobine», explique Jean-Marc Létourneau, de 321 Productions, réalisateur-coordonnateur, en faisant visiter les bureaux-ateliers du vaste chantier de numérisation de ce large pan de la mémoire télévisuelle québécoise. «On a retrouvé tous les appareils et on en a fait remonter certains. On peut faire numériser cinq machines en même temps. Ça peut aller vite...»

Grand quiz multimédia

Une trentaine de personnes s'activent dans les locaux situés au-dessus du studio montréalais de l'ex-Canal 10, devenu TVA où est enregistrée l'émission hebdomadaire Fidèles au poste !. Le jeu original utilise la banque de sons et d'images constituée au cours des derniers mois pour proposer une sorte de grand quiz multimédia mettant en scène des vedettes. L'animateur Éric Salvail mène la charge à l'humour à compter de cette semaine.

«Ce n'est pas le quiz du cinquantième, avertit toutefois M. Létourneau. C'est un quiz, oui. C'est un jeu basé sur les archives de TVA et il entre en ondes au moment du cinquantième, c'est vrai. Mais nous ne l'avons pas créé précisément pour cet anniversaire et nous espérons qu'il va revenir les années suivantes.»

La saison télévisuelle 2010-2011 carbure fort à la nostalgie. Un autre rétro-show, Les Enfants de la télé, utilisant aussi des incontournables de l'Union des artistes, cartonne déjà à Radio-Canada. «Cette émission trouve des extraits historiques et en discutent», explique le cofondateur de la jeune maison 321 Productions, déjà derrière Occupation double et Dieu merci, également à TVA. «Nous, on s'amuse avec ces extraits. On va bien sûr montrer de la matière enfouie depuis longtemps, mais on va l'utiliser pour créer des jeux.»

Un extrait de Symphorien peut par exemple servir à concocter une joute de postsynchronisation, les comédiens invités devant improviser le doublage d'un personnage d'antan. Encore faut-il avoir accès à ces classiques. «Il y a un stock impressionnant d'environ 50 000 heures accumulées, explique le pro. C'est la matière brute de notre émission.»

Des milliers de bobines à la casse

Il en manque. TVA a balancé des milliers d'heures de bobines aux poubelles dans les années 1960 et 1970, à une époque où la télévision manquait de mémoire et de vision commerciale. Il ne reste presque rien de Cré Basile et seuls quelques extraits de Jeunesse d'aujourd'hui ont survécu. La collection de Fais-moi un dessin demeure très incomplète.

Il en reste tout de même beaucoup, beaucoup. L'équipe de numérisateurs a déjà engrangé environ 3000 heures d'enregistrements dans lesquelles les recherchistes piochent allègrement, par exemple dans la section des génériques d'émission ou celle des publicités. Au départ, la numérisation a occupé des techniciens et des machines jour et nuit. Une fois dématérialisées, les images doivent encore subir une conversion en haute résolution et un «habi-llage» les rendant propices au visionnement sur les écrans contemporains rectangulaires (16/9) et non carrés (4/3), comme du temps du Canal 10.

«On a retrouvé des bobines de 16 mm contenant des extraits avec Janette Bertrand et de vieilles émissions comme Venez donc chez moi, poursuit le réalisateur. Il faut aussi fouiller les compilations.

Des segments qui marchent

Au fond, on retrouve souvent ce qu'on cherche. Notre prétexte nous permet d'ailleurs de jouer avec des productions plus récentes, des années 1980, par exemple. On recherche d'abord des segments qui marchent avec notre concept.»

M. Létourneau visionne de vieilles productions pionnières depuis des mois mais refuse de les

critiquer sévèrement. «On ne peut pas juger une production des années 1960 avec nos critères actuels, dit-il. Et puis, les archives, on les aime d'abord parce qu'elle nous rappelle le temps qui passe.» C'est la madeleine de Proust, version cathodique.

Le genre téléromanesque a énormément évolué depuis la fondation de TVA. Le jeu aussi. «On est entrés dans l'ère du méga-quiz, dit M. Létourneau en citant Le Banquier comme cas type. Les décors et les moyens sont maintenant énormes. Les gens aiment voir un spectacle de son et lumière en direct.»

Fidèles au poste ! n'échappe pas à la règle. L'armature du jeu emprunte à On n'a pas toute la soirée, autre show animé par M. Salvail, avec un décor coloré, dynamique, enveloppant et un orchestre live pour en rajouter à l'impact de la diffusion en direct. Enfin, bref, on est loin du jeu télévisé Piment fort avec ses chapeaux en guise de décor...

«On a des dizaines d'écrans, conclut le réalisateur-coordonateur. Ça roule vite et beaucoup. C'est un gros studio multimédia très complexe. Le contenu est important, mais l'emballage doit aussi être attirant.»

Fidèles au poste !
TVA, jeudi, 30 septembre, à 20h.

Le banquier / Spéciale 50 ans de TVA
 TVA, dimanche, 6 septembre, à 18h30.