Télévision à la une - L'âge d'or de l'empire américain

Dan Draper (le comédien Jon Hamm) dans toute sa splendeur.
Photo: Télé-Québec Dan Draper (le comédien Jon Hamm) dans toute sa splendeur.

Tous les critiques (ou presque) l'ont encensée, en ont vanté les qualités artistiques et le souci d'exactitude historique. Et ils ont très bien fait. Bardée de prix, dont les prestigieux Emmy Awards de la meilleure série dramatique pour les deux premières saisons, Mad Men fait enfin son apparition à la télévision québécoise, trois ans après la diffusion du pilote sur la chaîne américaine câblée AMC.

Mad Men demeure donc Mad Men. Télé-Québec a jugé bon de ne pas traduire le titre de l'opus magnum. Un choix judicieux dans la mesure où il aurait été difficile de trouver un équivalent dans notre langue pour cette appellation contrôlée créée pour eux-mêmes par les publicitaires new-yorkais de l'époque, les Madison Men des grandes agences ayant alors pignon sur rue sur cette grande artère. C'est le cas de la Sterling Cooper Advertising Agency, au centre de la fiction. Le titre original fait aussi évidemment référence au côté déjanté (mad...) des fils de pub.

Alors, qu'a donc de si extraordinaire cette série pour s'attirer les éloges de la critique, mais aussi d'un public toujours plus nombreux? Elle dépeint avec force détails une époque que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître: ce temps où papa avait encore raison, où maman n'osait pas le contester, où le divorce était une maladie honteuse, où l'alcool coulait à flots à toute heure du jour dans les bureaux respectables, où la cigarette avait droit de cité partout, tout le temps.

Dessous et dessus

Elle révèle surtout les dessus et les dessous de l'industrie de la publicité dans cette ère de prospérité indécente, de surconsommation naissante, d'assurance, souvent proche de l'insolence, d'une Amérique qui va bientôt basculer grâce aux bouleversements politiques et sociaux qui l'ébranleront.

Le charme et la force de la série reposent sur le personnage central de Don Draper, joué par le gracieux, ténébreux et mystérieux John Hamm. Le directeur créatif surdoué de Sterling Cooper, passé maître dans l'art de réduire le monde et ses produits à de simples formules-chocs, se révèle lui-même bourré de secrets, surchargé de complexité, malheureux comme un chargement de pierres.

Homme à femmes, il trompe allègrement la sienne, la blondissime Betty, interprétée par la délicieuse et froide January Jones, émule de Grace Kelly, la mélancolie en prime.

Homme de rêve, il traîne en lui une enfance misérable, une identité empruntée, une personnalité bipolaire qui le pousse constamment hors de sa petite famille en apparence parfaite et de son bureau surexcité.

Héros noir

Le portrait de ce héros noir, imparfait et manqué, permet en même temps un panorama très large de la société américaine de l'époque, qui annonce en fait la nôtre sous bien des aspects. Le magnifique bureau moderniste de l'agence, perché tout en haut d'une tour, offre un très efficace balcon d'observation de la modernité avancée en gestation, alors que l'ancienne «cage de fer» décrite par Max Weber commençait à se transformer en corset médiatico-commercial.

Mad Men est peuplée d'individus en train de se libérer d'un enfer pour s'enfermer dans un autre. Les femmes, considérées et traitées comme des «fleurs de bureau», prennent de plus en plus leur place. Les minorités, les Noirs comme les homosexuels, préparent leurs propres révolutions égalitaires.

La sexualité se débride. Seulement, tous cherchent déjà confort et réconfort dans la surconsommation de biens plus ou moins inutiles et la «consumation» des autres. Une nouvelle servitude volontaire se prépare dans la soumission à des normes de plus en plus imposées par les hommes fous de Madison.

Le monde de la pub se révèle ainsi un parfait microcosme de l'époque, de notre époque, un concentré de condition humaine d'autant plus efficace que la surconsom-mation portée par cet art mineur, souvent minable, va finalement tout bouffer.

«Cet endroit compte plus d'artistes et d'intellectuels ratés que le Troisième Reich», résume d'ailleurs Dan Draper en appliquant la médecine cruelle de ses formules de vente à son propre univers superficiel et destructeur...

Mad Men - Télé-Québec, les mercredis à 20h.

À voir en vidéo

1 commentaire
  • France Jolicoeur - Inscrite 9 juin 2010 15 h 07

    Je vais devenir accro

    J'ai hâte à ce soir 20 heures pour visionner le premier épisode de cette série. À la lecture de votre article, il me semble que je vais devenir accro. J'ai également lu quelque part que Télé-Québec nous offrirait la version française de la série américaine Weeds, à l'automne... une autre addiction en perspective