À voir à la télévision le vendredi 21 mai - La recherche du temps perdu

Dernier volet d'une trilogie non officielle mais d'une grande cohérence thématique et stylistique, 2046 revisite certains personnages et événements de Nos années sauvages et des Silences du désir. Véritable orfèvre de l'image, le cinéaste hongkongais Won Kar-wai pousse ici la forme aux confins du raffinement. Un ravissement pour l'oeil, 2046, comme ses prédécesseurs, ne néglige pas l'esprit pour autant.

Difficile de résumer l'intrigue de ce film conçu comme une méditation sur l'amour. Celui dont on se languit parce qu'incapable d'en effacer le souvenir; celui, possible, qu'on considère puis rejette, préférant la perfection idéalisée du premier.

2046 renoue avec Cho Mo-wan, journaliste de retour à Hong Kong après quelques années passées à Singapour, ville à jamais associée à Su Li-zhen, femme mystérieuse avec qui il vécut le genre de passion dont on ne peut sortir indemne. Aussi erre-t-il dans la métropole, papillon de nuit voletant d'une fête à l'autre afin de cumuler les conquêtes, vain stratagème visant à se purger de celle qui ne l'a pas accompagné. Une galerie de personnages féminins, certains issus de sa vie d'avant, viendront attiser puis apaiser sa mélancolie. À cet égard, l'emploi d'une des mélodies de Querelle, de Fassbinder, s'avère particulièrement judicieux dans la consolidation sonore de cet état.

Les tableaux qui jaillissent des sensibilités conjuguées de Won Kar-wai et de son directeur photo Christopher Doyle (Paranoid Park), fidèle complice, sont de ceux voués à laisser une empreinte indélébile dans le septième art, qu'ils pratiquent comme tel.

Chantre de l'intrigue morcelée, le cinéaste juxtapose encore passé et présent au moyen d'un montage alambiqué mais fluide, de telle sorte que l'un et l'autre se répondent en un écho constant.

Complexe et exigeante, la narration loge à la même enseigne, c'est-à-dire qu'elle dit beaucoup sans jamais donner de réponses. Loin d'être une faiblesse, cet effort de réflexion qu'exige l'auteur de la part du cinéphile contribue au contraire au pouvoir de fascination qu'exerce cette oeuvre splendide.

Cinéma / 2046 - Télé-Québec, 22h30