À voir à la télévision le jeudi 20 mai - Entre polar et tragédie grecque

Voilà bien une des pires traduction de titres imaginables, surtout quand on considère l'original, Before the Devil Knows You're Dead, inspiré d'un dicton irlandais. Avouez qu'on est loin du compte. De quoi s'agit-il? D'un polar, très noir, très sec. Un grand cru d'un cinéaste dont on se plaisait à dire que ses meilleures oeuvres étaient loin derrière lui, preuve supplémentaire de la nature hasardeuse de ce genre de généralités.

À 83 ans, Sidney Lumet a fait la démonstration qu'après 50 ans pile de carrière au cinéma, l'envie et la capacité de raconter habilement une bonne histoire l'habitent toujours.

La caméra furtive du réalisateur des films Serpico et The Verdict suit la descente aux enfers de deux frères de tempéraments contrastés unis par de sérieux ennuis financiers: Andy, un comptable malhonnête, et Hank, qui a du mal à joindre les deux bouts entre la pension alimentaire et les frais scolaires de sa fille. La solution? Cambrioler la bijouterie des parents. Un coup sans risque, croient-ils. Or, comme chacun le sait, les coups sans risques sont souvent les plus foireux, surtout au cinéma. Ajouter à cela une touche d'adultère, un maître chanteur et un père qui refuse de lâcher le morceau et vous êtes quittes pour une véritable tragédie grecque en devenir.

Before the Devil Knows You're Dead adopte une structure narrative fragmentée qui épouse plusieurs points de vue alors que le récit est brisé en épisodes assemblés dans le désordre. Un savant désordre, est-il utile de préciser, le film bénéficiant d'un montage intelligent.

Comme c'est malheureusement trop souvent le cas désormais avec de bons, voire d'excellents longs métrages, Before the Devil Knows You're Dead est littéralement passé dans le beurre lors de son bref circuit en salle, et ce, en dépit de critiques unani-mement enthousiastes. Souhaitons que le film de Lumet rencontre l'accueil qu'il mérite au petit écran, le vénérable cinéaste nous ayant fait là une fort belle offrande sur laquelle il serait dommage de lever le nez.

Cinéma / 7h58 ce samedi-là - Télé-Québec, 21h