Télévision à la une - Le gala des gars à Radio-Canada

Avec les équipes de sports professionnels, la hiérarchie catholique et les bars de danseuses à plus ou moins dix piastres, l'humour constitue un des derniers bastions exclusifs de la masculinité. Un univers de gars depuis toujours, ou presque. Un univers d'hommes plus ou moins drôles, encore et toujours. Même la politique et la haute administration ont équilibré sexuellement leurs troupes, ou ont commencé à le faire sérieusement.

Une petite visite sur le site du gala (olivier.radio-canada.ca) verse des preuves jusqu'à plus drôle. Sur les quelque 70 mises en nomination, trois seulement honorent des femmes en solo, soit Chantal Lamarre pour la mise en scène d'Un gars, c't'un gars d'Alex Perron, et Véronic Dicaire, qui se positionne deux fois: dans la catégorie du spectacle le plus populaire et celle du spectacle d'humour. Que des places dans l'ombre, ou en retrait: la première ne se retrouvant pas sur scène, la seconde s'éclipsant en quelque sorte devant les personnages imités. On force l'argument? À peine.

Les plus pointilleux ajouteront deux ou trois autres figures féminines reconnues pour leurs travaux d'équipe, dont Cathy Gauthier, vedette de l'émission humoristique Roxy, ou Anne Dorval, la maman des Parent. Seulement, au total, le jupon ne dépasse pas beaucoup, un point c'est tout.

Que des gars

D'ailleurs, tant qu'à compter, il y a 23 personnes en nomination dans la catégorie des auteurs. Vingt-trois, et que des gars. Pas étonnant que, pour l'Olivier de l'année (décerné par un vote du public), il n'y ait, là aussi, que de zinzins messieurs: André Sauvé, Jean-Michel Anctil, Louis-Josée Houde, Martin Matte, Mike Ward, Rachid Badouri et Les Chick'nSwell.

Le trio formé de Francis Cloutier, Daniel Grenier et Ghyslain Dufresne est par ailleurs chargé d'animer à nouveau la soirée. Trois gars aux commandes, donc, qui livreront les textes de Benoît Pelletier et Billy Tellier. En conférence de presse organisée dans un lit et en pyjama (un clin d'oeil au bed-in de Lennon-Ono), les trois ont annoncé que ce 12e gala Les Olivier «portera sur le bonheur et la paix». Sans chicane et sans coups bas. «Les Chic ne font pas dans l'humour "bitch"», a résumé en une formule un peu sexiste l'infatigable Louise Richer, directrice de l'École nationale de l'humour, une des rares femmes de ce milieu. Mme Richer se retrouve à la direction artistique de la soirée. Alain Chicoine réalisera l'émission.

En tout, près de 13 trophées seront distribués. Aucune star des planches comiques ne se retrouve en nomination dans plus de trois catégories, ce qui élimine de facto la possibilité d'un triomphe comme en ont connu des moutures précédentes transformées en gala Louis-José Houde ou Martin Matte.

Large palette de genres

Le gala de l'humour diffusé par la télévision de Radio-Canada ratisse large en récompensant des émissions de radio ou de télé, mais aussi sur Internet. La palette des genres s'étend tout autant avec Le Spornographe, délicieusement mordant, la caricature sans gêne des Chroniques d'une mère indigne ou les propo-sitions hyperactives d'André Sauvé.

Par ailleurs, Artv présentera deux émissions spéciales pour compléter la couverture en direct. De 18h30 à 19h30, le jeune Patrice Bélanger animera La Fière des Olivier, une sorte de tapis jaune du secteur, blagues et pitreries en prime. Après le gala, vers 22h, Marie-Soleil Michon sera l'hôte de La Liste des Olivier, où se pointeront notamment les gagnants des récompenses.

Que des gars ou presque, donc, au gala comme sur ces écrans. Pourquoi donc?

Les plus méchants répondront que c'est la faute des Moquettes coquettes, qui ont siphonné d'un seul coup le vaste réservoir de sympathie du bon public indulgent avec leur émission de Télé-Québec. De plus sérieux observateurs de cet univers sexiste ont déjà observé que les hommes ont eu tendance à développer leur côté comique pour séduire les femmes (et si possible obtenir des faveurs sexuelles...). Il serait toutefois odieux de confondre sens de l'humour et domination masculine du champ humoristique. Après tout, on servait les mêmes arguments «essentialistes» autrefois pour justifier la discrimination dans tous les domaines, ou presque.

Et puis, ce n'est peut-être que le dernier soubresaut de ce milieu masculinisé depuis des lustres. La même directrice Louise Richer, qui forme la relève (quatre étudiants pour une étudiante depuis deux décennies) dans son établissement, affirmait à la même conférence de presse du mois dernier que beaucoup de jeunes femmes attendent maintenant dans l'antichambre de ce monde hyperpopulaire et profitable. Elle prédisait une «explosion d'apport féminin en humour».

Bref, l'humour n'a encore qu'un sexe, mais il ne perd rien pour attendre et célébrer encore une fois entre gars...

Le Gala Les Olivier - Radio-Canada, dimanche à 19h30.