À voir à la télévision le vendredi 30 avril - Scènes de la vie conjugale, prise 2

Une femme d'âge mûr contemple un amas de photographies éparpillées sur une table. S'adressant à la caméra, quoiqu'à elle-même plus qu'à un hypothétique spectateur, dirait-on, elle en commente certaines, d'autres lui inspirant une pause émue, un silence ambigu.

La dernière en est une de son premier mari. Le revoir... le revoir... le revoir? Cette femme, c'est Marianne. Vous la connaissez déjà. Son ex-conjoint aussi. Époux chicaniers au temps de Scènes de la vie conjugale, Marianne et Johan se retrouvent ainsi réunis pour un dernier pas de deux cinématographique, chant du cygne d'un des plus grands auteurs qui furent, Ingmar Bergman. Lequel greffe au récit principal un second, où un père (le fils de Johan) et sa fille se disputent les rênes de l'existence de cette dernière. Saraband, comme son illustre prédécesseur, a été tourné pour la télévision suédoise, mais il a plus tard joui d'une distribution mondiale en salle ainsi que de nombreuses accolades critiques.

Revisitant des personnages abandonnés jadis à un croisement, l'auteur propose donc une (autre) méditation sur le couple et la filiation. Encore, diront les cyniques. Oui. Sauf que Bergman a avancé en âge, à l'instar des deux protagonistes, et sa vision du monde est celle d'un vieux sage qui a peaufiné l'art de l'observation des moeurs comme pas un.

S'il est vrai que son cinéma enthousiasme les cinéphiles de manière presque systématique, certains résistent, trouvant ses oeuvres par trop cérébrales et répétitives. Woody Allen, au temps de sa jeunesse insolente, l'a même parodié de brillante façon dans Love & Death... avant de devenir son disciple avec Interiors puis de l'intégrer à ses propres préoccupations dans Hannah and Her Sisters. C'est le sort que je souhaite aux spectateurs rébarbatifs, car il se trouve nichés dans la filmographie du maître suédois bien des trésors. À commencer par un regard unique et éclairant sur les rapports qu'entretiennent entre eux les membres d'une même famille. Sarabande ne fait pas exception, et il s'agit d'une oeuvre exceptionnelle..

Cinéma/Sarabande
Télé-Québec, 22h30