À voir à la télévision le jeudi 29 avril - Beauté américaine

Blue Velvet est le film qui a définitivement assis la réputation de David Lynch comme cinéaste majeur. Ce long métrage personnel et radical lui a permis de se relever, brillamment, de la débâcle éléphantesque de Dune.Plébiscité à Cannes, le film a soulevé un tollé d'indignation aux États-Unis.

Dans sa célèbre et très populaire émission de télé, le légendaire critique Roger Ebert y est allé d'une tirade enflammée quant au traitement «scandaleux» réservé à l'actrice Isabella Rossellini à l'écran. Blue Velvet est le film de l'année 1986. Plus de 20 ans après sa sortie, force est de constater que le temps lui a été clément.

C'est vraiment à partir de ce film qu'il est apparu évident que la notion d'intrigue n'occupait qu'un espace très marginal dans l'univers de Lynch. D'abord ancré dans une réalité tangible, le récit glisse de manière irréversible du côté de l'onirisme dès lors que notre jeune héros propret s'enfonce dans les méandres d'une enquête relevant plus d'Alice au pays des merveilles que de Nancy Drew.

Cette odyssée du côté de l'étrange débute par la découverte inopinée d'une oreille coupée dans un gazon bien taillé derrière les piquets blancs et immaculés de la clôture d'un charmant bungalow. Dès lors, on est en droit de se questionner sur ce qui se passe derrière les façades irréprochables tout droit sorties d'une peinture de Norman Rockwell. Deux jeunes gens trop curieux, une chanteuse de boîte de nuit perturbée et un souteneur peu recommandable ne sont que quelques-uns des personnages conviés à ce freak show splendide où le grotesque fascine et où l'horreur émeut.

Depuis cette oeuvre marquante, les offrandes de David Lynch, exception faite de The Straight Story, tendent à se faire de plus en plus abstraites, rejoignant en cela ses peintures. Qui eût cru, à l'époque, que Blue Velvet constituerait un jour l'un de ses films les plus accessibles?

Cinéma / Blue Velvet - Artv, 22h30