Télévision à la une - Consentir à l'horreur

Le hasard a voulu que la diffusion du premier épisode de la série Amour, haine et propagande, consacrée à la Seconde Guerre mondiale, tombe un 30 avril, 65 ans jour pour jour après le suicide d'Adolf Hitler, l'idéologue qui plongea le monde dans le conflit le plus meurtrier de l'Histoire grâce à sa capacité de persuasion des masses.

La propagande peut mener loin.

Au moment où le Führer met fin à ses jours, sans ordonner l'arrêt des combats, Berlin est frappée de toutes parts par une armée soviétique plus que supérieure et assoiffée de vengeance. Après les horreurs que la Wehrmacht a fait endurer à leur patrie, les soldats de Staline comptent bien pourchasser «la bête fasciste» et l'anéantir jusqu'au coeur de son repère. Même les généraux russes, sur ordre de Staline, se livrent une lutte sans merci pour la conquête du centre de la capitale allemande. Une lutte qui les conduit à tirer accidentellement des salves d'artillerie sur leurs propres positions.

Mais malgré l'ampleur des destructions et le fait que la guerre soit irrémédiablement perdue, Berlin est toujours truffée de nids de résistance défendus par les derniers SS les plus fanatiques, des vieillards ou encore des jeunes qui n'ont pas encore 15 ans.

Les «lâches» sont fusillés sur-le-champ. La victoire ou la mort. Et les plus fervents partisans du régime nazi ont cru longtemps à cette victoire pouvant être arrachée au dernier acte. Le ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande, dirigé par Joseph Goebbels, s'est chargé d'imposer une chape de plomb sur tout discours «défaitiste». La répression de la Gestapo, comme toujours, a fait le reste.

Fomenteur de la première heure de la rhétorique criminelle du régime nazi, ce Goebbels a bien joué son rôle. L'Allemagne, pendant des années, a été fanatisée au point de suivre Hitler dans ses projets démentiels de conquête de «l'espace vital» de la race aryenne. Car c'est bel et bien la propagande qui a mené et maintenu le Führer au pouvoir. Il en saisissait parfaitement la puissance. Ce soldat zélé, sorti meurtri de la Première Guerre mondiale, écrivait déjà dans Mein Kampf, en 1925: «Toute propagande efficace doit se limiter à des points fort peu nombreux et les faire valoir à coups de formules stéréotypées aussi longtemps qu'il le faudra, pour que le dernier des auditeurs soit à même de saisir l'idée.»

Il ne cessera par la suite d'alimenter la haine de l'Autre, et surtout des Juifs, tout en cultivant son mythe. Tous les dictateurs de son temps font d'ailleurs de même. Joseph Staline soumet l'URSS à ses sautes d'humeur de «demi-dieu» paranoïaque. Un exemple? À la suite d'un discours du «petit père des peuples», personne n'ose cesser d'applaudir. Cela dure un certain temps, jusqu'à ce que l'épuisement gagne un membre de l'assistance... qui disparaîtra le lendemain sans laisser de trace. Benito Mussolini joue quant à lui la carte de l'homme fort qui sait séduire les foules du nord au sud de l'Italie. Sans oublier l'empereur japonais Hirohito, qui entraînera son peuple dans la guerre totale jusqu'à ce que deux bombes atomiques rasent des villes de son pays.

La propagande, durant tout le conflit de 39-45, n'est pas uniquement le lot des dictatures. Américains et Canadiens en font aussi les frais à l'époque, au nom de la lutte collective pour la victoire en Europe et dans le Pacifique. Au Canada, le cas du débarquement raté de Dieppe, en août 1942, n'est que trop révélateur. Plus de 900 soldats canadiens y trouvent la mort. Mais ne voulant pas saper le moral du home front, l'armée tente de transformer cette défaite en victoire. Le message qui sera diffusé est même prêt avant le début de l'assaut, peu importe le résultat. Côté américain, Hollywood est mise à contribution. Même Bugs Bunny et Daffy Duck servent à «vendre la guerre».

Amour, haine et propagande, qui a été diffusée au cours de l'hiver sur les ondes de la CBC, se décline en six épisodes qui retracent dans le détail les événements marquants et les grands protagonistes de la Seconde Guerre mondiale. L'omniprésence de la propagande dans le conflit y tient bien sûr une place centrale. Le tout organisé autour d'un montage très efficace. Bref, une série d'une grande valeur historique. L'occasion, aussi, de se souvenir que l'être humain, aussi intelligent soit-il, peut consentir à l'horreur lorsqu'on lui en donne un peu trop l'occasion.

Amour, haine et propagande - Radio-Canada, vendredi à 21h les 30 avril, 7, 14, 21, 28 mai et 4 juin.