À voir à la télévision le mercredi 10 mars - Scorcese, entre l'art et le commerce

L'oeuvre de Martin Scorsese est à l'ima-ge de l'homme qu'il a toujours été, soit un homme partagé entre l'humilité et la gloire, la religion et le péché, l'art et le commerce. Ses plus grands succès publics (After Hours, The Color of Money) sont souvent ceux que la critique a boudés, et vice-versa.

En 1977, alors que Scorsese était reconnu comme l'un des cinéastes les plus prometteurs de sa génération, grâce notamment à un triplé sans faute qu'il venait tout juste de compléter (Alice Doesn't Live Here Anymore, Mean Streets et Taxi Driver), son nouveau-né, New York, New York, un film musical ambitieux, sorte de peinture noire des années du swing, divise la critique et le public, érigeant en système la dichotomie scorsesienne.

Ainsi, contrairement à la critique qui reprochait au cinéaste son goût prononcé pour le cinéma du passé et les films de genre, le public fait la fête à ce musical pas banal, chronique impressionniste ayant pour point focal le destin amoureux de Francine Evans (Liza Minelli) et Jimmy Doyle (Robert De Niro), respec-tivement chanteuse et clarinettiste de jazz, dont l'affection a éclairé leur art... et rendu impossible leur vie à deux.

Leur histoire d'amour, du type «ni avec toi ni sans toi», puise son inspiration dans Une étoile est née (avec Judy Garland, mère de Liza) et s'assortit d'un projet formel rigoureux et personnel, qui se veut un hommage non maquillé au cinéma musical des années 1940 (dont celui de Vincente Minelli, père de Liza).

Au-delà du film, qu'on voit peu à la télé-vision, la chanson-titre, que Liza Minelli interprète avec une rare qualité d'émotion, est demeurée à jamais gravée dans nos mémoires. Frank Sinatra, qui l'a reprise à son tour, y serait aussi pour quelque chose.

Cinéma / New York, New York - Artv, 22h