Télévision - Sexe, mensonges et minisérie historique

Radio-Canada a levé hier matin un coin du voile mystérieux entourant la minisérie Musée Éden, certainement la production télévisuelle québécoise la plus attendue de l'hiver. Le visionnement de presse des deux premiers épisodes a permis de découvrir une audacieuse proposition policière campée dans le Montréal de 1910, l'année de la naissance du Devoir.

Audacieuse, parce que les reproductions historiques coûtent bonbon et que de l'argent, plus personne n'en a, enfin plus personne n'en a beaucoup dans ce milieu habitué à y patauger, jadis, naguère.

Chacun des neuf épisodes a nécessité un peu moins d'un million de dollars, un luxe dans le contexte actuel, mais une nécessité pour rendre crédibles un demi-millier de figurants, une centaine de premiers rôles et quelques dizaines de décors.

Tout ça pour raconter quoi? L'histoire de deux jeunes Manitobaines, les soeurs Camille (Mariloup Wolfe) et Florence (Laurence Leboeuf) Courval, qui héritent d'un musée de cire montréalais reproduisant des scènes de meurtre (le Musée Éden a vraiment existé, jusqu'en 1940) alors que leur oncle vient d'y être assassiné. L'enquête et ses rebondissements mêlent un journaliste justicier, un commissaire véreux, un médecin légiste avant-gardiste sur fond de société violente, corrompue et sexiste.

Franchement, ça se regarde et ça s'écoute assez agréablement. L'originalité de l'intrigue, le dynamisme de la narration, la qualité du jeu comme la richesse des costumes et de la musique satisfont aux règles de l'art. La productrice comme le réalisateur promettaient hier de plonger au plus profond du Montréal «disckensien» dans les épisodes subséquents. Très bien, merci, on en veut plus.

Cela dit et souligné, Musée Éden charrie encore des défauts étonnants pour une production sur les planches depuis près d'une décennie. Certaines scènes frôlent la limite du vraisemblable. Comme celle où Florence apprend que son oncle assassiné s'adonnait à «des pratiques sodomites» avec d'autres hommes.

Elle ne bronche pas, ou si peu. En 1910, au Québec... Alors que dans le même épisode, un des amants du tonton «inverti», comme on disait alors, se laisse pendre plutôt que d'avouer en cour son péché de luxure.

Autre défaut: les séquences très comprimées et le rythme rapide ne laissent à peu près aucune place à l'approfondissement de la vie intérieure des personnages, d'ailleurs réduits à des caricatures bédéesques.

«Les clichés sont faits de vérité», a répété hier le réalisateur Alain Desrochers. Certainement, mais les mensonges de la fiction, eux, ne devraient pas se soumettre aux canevas les plus éculés.

Musée Éden sera en ondes à compter du 16 mars, à 21h. Un site Internet aidera alors à démêler le vrai du faux concernant le Montréal de l'époque.