À voir à la télévision - Femmes au bord de la lutte des classes

En matière de fiction télévisuelle, on ne peut pas dire que la France brille par son originalité et par la qualité de ses productions... Il arrive tout de même que certaines oeuvres viennent un peu défaire ce préjugé défavorable, même si elles ne révolutionnent pas le genre.

Le Réveillon des bonnes, une «série de Noël» présentée sur les ondes de France 3 en décembre 2007, fait partie de ce lot et devrait trouver quelques téléspectatrices fidèles pour les semaines à venir.

Cette série en huit épisodes se veut une chronique du mois précédant Noël 1918, quelques semaines à peine après la fin de la Première Guerre mondiale, dans un immeuble bourgeois parisien où logent quatre familles avec leurs bonnes respectives, qui sont en fait les personnages centraux. Il y a d’abord la «matriarche», Mathilde, qui s’occupe de la veuve et des enfants du fils (mort au champ de bataille) de ses anciens employeurs qui veulent se débarrasser de leur bru; Marie, mère courage de deux jeunes hommes et domestique rebelle d’un général de l’armée de retour dans une maison pleine de femmes devenues indépendantes; Olympia, la fragile bonne enceinte de son maître «disparu» à la guerre et coincée avec l’épouse machiavélique; puis Jeanne, la cadette des domestiques, une femme pieuse et amoureuse du fils tout aussi dévot de sa maîtresse propriétaire d’un cabaret aux «Folies bergères»...

Tout ce beau monde grenouille, manigance, aime et souffre, surtout nos courageuses bonnes, coincées qu’elles sont entre les liens profonds qu’elles entretiennent avec leurs patrons et le peu de moyens dont elles disposent pour éviter de se faire avoir au détour... On est ici devant un drame romanesque situé dans une période charnière de l’histoire contemporaine plutôt que devant une série historique à proprement parler. Malgré l’eau de rose qui suinte de partout, les façons d’aborder les rapports sociaux entre classes, mais surtout ceux entre les hommes et les femmes, qui laissent entrevoir l’éventuelle révolution féministe, rehaussent l’intérêt de cette série. Sans oublier le plaisir coupable de suivre un ballet «classique» d’idylles et d’amours d’un autre siècle.

Le Réveillon des bonnes, Historia, 22h