À voir à la télévision - La fin du confort et de l'indifférence

Rien ne destinait Alicia (Norma Aleandro, récompensée à Cannes pour ce rôle) à vouloir remettre en question les fondements de son existence bourgeoise, ni surtout à revisiter les contenus javellisés des cours d'histoire de l'Argentine qu'elle donnait à ses élèves. Avant qu'elle ne retrouve une amie d'enfance et que celle-ci lui raconte les tortures subies en prison, Alicia ne s'était jamais demandé quelles étaient les véritables origines de sa fille adoptive. Ne serait-elle pas l'enfant d'une de ses nombreuses personnes disparues sous la dictature et dont aujourd'hui encore on ne peut retrouver la trace?

Pour tout dire, Alicia avait jusque-là vécu dans le confort (du mensonge) et l'indifférence (devant les souffrances de ses com-patriotes, qu'elle ne voyait que de loin).

Cette douloureuse prise de conscience est illustrée à la manière d'un grand mélodrame par Luis Puenzo dans L'Histoire officielle (1985), couronné de l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Car non seulement cette femme découvre les sales dessous d'un gouvernement aux méthodes fortes et totalement soumis à des intérêts étrangers, mais son propre mari constitue l'un des rouages de cette machine à broyer la dissidence.

La quête d'Alicia sera fort instructive, pour elle-même mais aussi pour le spectateur d'aujourd'hui, lui donnant une image de l'Argentine qui va au-delà des clichés, une image quelque peu rongée par ses démons. L'immense succès international de L'Histoire officielle résulte en partie de ce choix, très judicieux, d'expliquer efficacement, à travers le portrait d'une femme qui n'a rien d'une pasionaria, que la chape de plomb sur les errances d'autrefois finit toujours par se fissurer. Ou alors elle explose, tôt ou tard, au visage de ceux qui la tiennent très solidement.

Cinéma / L'Histoire officielle - Télé-Québec, 23h30