À voir à la télévision - Pas un remake, n'empêche...

Les Américains ne sont pas les seuls à tenter de refaire leurs classiques pour le profit d'une nouvelle audience (et le leur propre, assurément) à qui les oeuvres originales ne sont pas nécessairement familières. En 2005, une perle du cinéma français, Boudu sauvé des eaux, de Jean Renoir, lequel film était basé sur une pièce de René Fauchois, fut refait par le très populaire Gérard Jugnot, qui ne garda du titre que le nom du mémorable personnage: Boudu.

Dans un Aix-en-Provence luxueux et ensoleillé, Christian Lespinglet tente de faire rouler une galerie d'art sur le déclin. Un qualificatif seyant également à son mariage avec Yseult, femme dépressive, alcoolique et, on le devine, frigide (nouveauté, nouveauté...). Pour tromper son ennui, Christian peut toujours courtiser Coralie, sa jeune et séduisante assistante (idem). Puis un jour, le galeriste sauve de la noyade un clochard déprimé, Boudu, et le ramène chez lui. Monsieur s'incruste, évidemment, et chamboule l'existence de chacun, pour le mieux, il s'avérera.

Voilà un film... propre. C'est lisse, joli, jamais confrontant. Bref, oubliez l'irrévérence du classique, où le protagoniste est beaucoup plus manifestement égoïste. La gouaille a également pris le bord au profit d'un ton de farce moins heureux. Dans le rôle-titre, comme on pouvait le craindre, Gérard Depardieu en fait des tonnes. Plus effacé, Gérard Jugnot ne laisse aucune impression particulière, bonne ou mauvaise. Heureusement qu'il y a Catherine Frot, impeccable en bourgeoise qui se décoince. L'actrice fait des miracles avec un rôle cousu de clichés.

Jugnot, dans une manoeuvre prévisible et commode, insista pour dire qu'il ne s'agissait pas d'un remake — une tactique à laquelle Paul Mazursky n'eut pas recours lorsqu'il transposa l'histoire aux États-Unis (Down and Out in Beverly Hills). Soit. Appelons ça une relecture, ou une nouvelle version, qu'importe. Au final, reste qu'on n'a pas envie de sauver grand-chose de ce Boudu-là...

Cinéma / Boudu
Artv, 22h