Télévision à la une - Lumière sur les travailleuses de l'ombre

Photo: RDI

Décembre 2009. Le gouvernement de Stephen Harper cède sous la pression des groupes de défense des droits de la personne et suggère une série de modifications au Programme des aides familiaux résidants (PAFR), par lequel entrent au Canada des milliers de femmes. Jason Kenney, le ministre de l'Immigration, a fait notamment savoir que les participantes au PAFR auront désormais quatre années, plutôt que trois, pour accumuler 3900 heures de travail, soit l'équivalent de deux années de travail selon un horaire normal, avant de soumettre une demande de résidence permanente.

«Ces modifications importantes aident le Canada à remplir son devoir envers ceux qui prennent soin de nos jeunes, de nos personnes handicapées et de nos aînés. Le gouvernement du Canada agit ainsi afin de protéger les travailleurs étrangers contre les risques d'exploitation et de mauvais traitements», avait déclaré le ministre, qui comprenait que le PAFR présentait de nombreuses failles.

Dans Bonnes à tout faire, un documentaire réalisé avant le dépoussiérage du programme fédéral, Hélène Choquette s'intéresse à la situation des 20 000 aides familiales qui s'affairent dans les foyers québécois. À travers les témoignages de trois Philippines, Mercedita, Susan et Evelyn, la documentariste montre la grande vulnérabilité de ces travailleuses de l'ombre. Elle a côtoyé pendant près d'une année ces femmes qui, selon ses propres mots, «n'étaient pas victimes d'exploitation, mais qui avaient des amies qui, elles, vivaient de l'abus». C'est donc un récit de travailleuses expatriées mi-figue mi-raisin qu'elle relate, se gardant de s'en tenir aux histoires d'horreur de travailleuses immigrantes, qui malheureusement pullulent.

Comme 90 000 Philippines avant elles, Mercedita, Susan et Evelyn ont été admises successivement au Québec grâce au PAFR. C'est une véritable course contre la montre qui s'amorçait pour chacune d'elles dès leur arrivée au Canada. Elles devaient compléter 24 mois de travail chez un ou plusieurs employeurs sur une période maximale de trois ans avant d'être admissibles à la résidence permanente et d'espérer faire venir leur famille au pays. «Durant les trois premières années, les aides familiales sont à la merci des employeurs», fait remarquer Susan, qui a eu le feu vert des autorités canadiennes pour entrer au Canada en mars 2004.

En plus de s'occuper des tâches ménagères, Susan prodigue des soins à son employeuse handicapée. «C'est comme une mission pour moi parce qu'elle [l'employeuse] ne peut pas marcher. Je suis ses mains et ses pieds», lance-t-elle, les yeux brillants de fierté. Cette dernière succombera quelques semaines après l'arrivée au Québec de Susan, forçant l'aide familiale à faire des pieds et des mains pour se trouver un nouvel employeur. «J'étais très inquiète à l'idée que nous ne puissions plus aller à l'école parce que nous avons des difficultés financières», laisse tomber la fille de Susan, qui dépend des sommes d'argent que transfère sa mère aux Philippines.

C'est d'ailleurs dans la capitale des Philippines qu'Hélène Choquette fixe d'abord sa caméra.
À partir de Manille, des milliers de travailleuses sont déployées dans plus de 130 pays. Elles y gagnent pour la plupart leur vie comme aide familiale, même si certaines d'entre elles ont fait des études en comptabilité, en informatique, en ingénierie ou en enseignement. La capitale philippine enregistre du coup les vagues d'émigration de femmes les plus importantes dans le monde.

Quelque 80 % des aides familiales au Québec sont Philippines et la vaste majorité d'entre elles ont une famille à charge dans leur pays d'origine. «C'est comme si nous avions deux familles. C'est ironique, parce que nous passons plus de temps avec cette autre famille qu'avec la nôtre», résume Evelyn, qui a obtenu sa citoyenneté canadienne en 2000.

Alors que le Québec fait face à une population vieillissante, il y a fort à parier que la demande d'aide familiale à bon marché ne fera que croître. Bonnes à tout faire a le mérite de faire saisir toute la mesure du travail effectué par ses travailleuses sans voix.

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1 commentaire
  • Anne Simon - Inscrit 20 février 2010 10 h 55

    Les temps changent

    C'est encourageant de voir que depuis 5 ans des améliorations ont été apportées au Programme des Aides Familiaux Résidents (PAFR). Cependant, la règle la plus critiquée par les groupes de défense des droits des travailleurs temporaires, celle qui stipule que le permis de travail soit émis au nom de l'employeur plutôt qu'au nom de l'aide familiale, demeure malheureusement toujours en vigueur. Cette règle réduit la liberté de mouvement de certaines travailleuses, moins chanceuses, qui tombent sur des employeurs inéquitables.