À voir à la télévision - Beau film

Elle est bien morne, la vie des légionnaires de la Légion étrangère stationnés à Djibouti. Entraînement, attente, repos, entraînement... Là-bas, le commandant Forestier règne sur son régiment dirigé par l'adjudant-chef Galoup.

Arrive parmi eux un certain Sentain. Il est fort, efficace, spirituel. Il est beau. Le commandant semble impressionné. La jalousie de son second tourne rapidement à l'obsession.

Beau travail est, de prime abord, librement inspiré du roman Billy Budd, de Herman Melville (Moby Dick), déjà assez fidèlement adapté par Peter Ustinov en 1962. À sa manière, la version de Claire Denis l'est en fin de compte tout autant, et ce, en dépit du contexte inédit. De fait, déplacer l'action de la mer à la terre n'altère en rien la puissance du récit, la force de celui-ci résidant avant tout dans la complexité des rapports humains qui y sont dépeints. Une complexité qui, à mesure que progresse le film, fond comme neige au soleil pour révéler la situation pour ce qu'elle est: un simple triangle amoureux, non assumé, et de ce fait vulnérable aux dérives, à l'éclatement.

Claire Denis parvient admirablement à soutenir cette tension sourde. Virtuose dans son utilisation du non-dit (son 35 rhums devrait devenir un modèle en la matière), la cinéaste laisse le regard des protagonistes exprimer ce qu'aucun dialogue ne saurait rendre avec le même pouvoir d'évocation: le désir rentré, bafoué; celui qui gruge, celui qui tue. Patiente, attentive et n'accusant aucune esbroufe technique, sa mise en scène apparaît si souple et naturelle qu'on pourrait presque la croire portée par l'intrigue plutôt que l'inverse.

Auteure fidèle, Claire Denis aime retravailler avec les mêmes acteurs, auxquels elle confie des rôles parfois inattendus mais toujours conformes à leurs capacités. Ici, Grégoire Colin, sept fois au générique d'un film de la cinéaste, défend un personnage en or. Il insuffle à Sentain le charisme nécessaire pour rendre crédibles les actions de Galoup, ce dernier interprété avec sobriété et retenue par Denis Lavant.

Cinéma / Beau travail, TFO, 21h