À voir à la télévision - À la ville comme à la scène

Mario, un metteur en scène usé, vient d'être largué par son épouse Laura au moment où il doit entamer l'exigeante production d'un film sur le tango. Financé par un individu louche peu ou pas sensible à l'art et, surtout, réfractaire à son utilisation à des fins métaphoriques, voire politiques, ce projet devient le centre de l'existence de Mario. Or la passion vire à l'obsession quand, après s'être entiché d'Elena, la fiancée du producteur, Mario en fait sa danseuse étoile. Lentement, un jeu de miroirs se dessine entre sa vie et son oeuvre.

Avec Tango, Carlos Saura semble avoir pris sur lui de mettre à nu, au bénéfice du spectateur, l'âme même de la danse nationale de l'Argentine. Peu, ou pas, de cinéastes ont su traduire avec autant d'amour, de ferveur et de force d'évocation toute la charge émotionnelle, la tension et la précision présentes dans la danse, qu'il s'agisse comme ici du tango ou, comme dans sa mythique trilogie composée de Noces de sang, de Carmen et de L'Amour sorcier, du flamenco.

En nommant tout simplement son film Tango, Saura annonce en outre ses couleurs. Car la vedette ici, c'est la danse elle-même (mise en valeur par des danseurs admirables). Le scénario n'est qu'un prétexte mais, justement, comme l'exercice est assumé comme tel, on ne saurait s'en formaliser.

Les couleurs du maître de la photo Vittorio Storaro (Le Conformiste, Le Dernier Empereur) sont sublimes, riches, enivrantes, comme la succession harmonieuse de numéros admirablement chorégraphiés. Celui consacré aux abus militaires survenus au cours des années 1950-1960, dans la foulée du coup d'État ayant chassé Perón du pouvoir, frappe particulièrement l'imaginaire.

Tour à tour philosophique dans le dialogue et sensuel dans le mouvement, Tango fascine, ensorcelle. Qu'on y connaisse ou non quelque chose au tango. Et c'est là toute sa beauté.

Cinéma / Tango, TFO, 21h