Le Devoir sous les projecteurs

Le 10 décembre dernier, au 7e étage de la tour radio-canadienne, pendant que la neige tombe doucement en ce début d'après-midi, l'équipe de Tous pour un est réunie pour la lecture du scénario de l'émission consacrée au Devoir. Un mois exactement avant la diffusion en direct, le jour même du 100e anniversaire du quotidien fondé par Henri Bourassa. Le candidat? On ne sait pas encore qui il est. Suspense: l'équipe a un peu le trac.

La petite bande planche depuis plusieurs mois sur les questions que devra affronter avec brio un expert du Devoir le 10 janvier prochain. «Faites un dernier tour d'horizon, parce que ça ne bougera plus», avertit Johanne Bouchard, la réalisatrice-coordonnatrice. Francis Reddy scrute chaque phrase. Tous se mettent dans la peau du futur candidat, qui aura passé d'innombrables heures à étudier... Les questions doivent être claires et n'avoir qu'une bonne réponse possible.

La noirceur est tombée depuis un moment déjà lorsque tout le monde se quitte.

En arriver à ce scénario final n'a pas été une entreprise facile. «C'est un mandat très spécial», dit la chef recherchiste Sylvie Seguin. «C'est trois fois plus de travail qu'un Tous pour un régulier», ajoute Johanne Bouchard. «L'histoire du Devoir reste à être écrite», explique Sylvie Seguin.

En juin, la direction de Radio-Canada a approché Johanne Bouchard. «J'ai fait ouf!, avoue-t-elle aujourd'hui. Avec Sylvie [Seguin], on a regardé ça et on s'est rendu compte que le matériel, il fallait le créer. Nous nous sommes regardées et on a dit: on se lance!»

L'ampleur du défi a dépassé toutes ses prédictions. «Je ne pensais pas que ça allait être aussi intense. Il faut garder le côté ludique, raconter l'histoire du Devoir et celle du Québec. C'est du sport!», raconte Johanne Bouchard.

Les candidats ne se lancent toutefois pas dans le vide: on leur recommande habituellement deux ouvrages à étudier. Pour Le Devoir, les librairies avaient écoulé le seul ouvrage de référence, un collectif dirigé par Robert Lahaise en 1994.

La maison d'édition a heureusement accepté d'en fournir une version Web aux aspirants candidats.

Mais l'aventure ne faisait que commencer. L'équipe a passé des heures à la bibliothèque nationale, épluchant le quotidien depuis son premier jour pour sélectionner des unes, des articles pertinents et des caricatures percutantes. Comme l'explique l'historien Jacques Lacoursière, «le [livre de] Lahaise ne dit pas tout. Par exemple, on ignore encore pourquoi André Laurendeau signait ses chroniques musicales du pseudonyme Rivard». Celui qui agit à titre de réviseur et juge pour le Tous pour un du Devoir s'est entre autres fié à sa mémoire. «Je le lis tous les jours depuis 1948.

Au séminaire de Trois-Rivières, ce n'était pas à l'index, mais presque», se souvient-il avec humour. Il faut dire que Le Devoir critiquait vertement Maurice Duplessis, natif de la région...

«C'est la première fois qu'on monte un corpus de toutes pièces», explique Sylvie Seguin, qui écrit les scénarios de l'émission depuis trois ans.

Mais, abonnée et fidèle lectrice, elle s'est investie à fond, par passion. «C'est un honneur pour moi», va-t-elle jusqu'à dire. En cette époque de concen-tration des médias, elle estime que «c'est un devoir de citoyen d'amener Le Devoir à la télévision».

En parallèle à son travail de documentation, l'équipe devait trouver la perle rare qui allait relever le défi. Une soixantaine de personnes ont posé leur candidature. À l'examen, la dichotomie était nette: «Il y avait les gens qui croyaient savoir et ceux qui savaient, pas d'entre-deux», raconte Sylvie Seguin. Quelques personnes ont participé à l'examen oral, en décembre. L'heureuse élue est Marie-Christine Lalande, 32 ans, qui enseigne la littérature dans la région de La Pocatière et se décrit comme «une bergère du dimanche». En effet, Mme Lalande élève des brebis avec son conjoint.

Et bien sûr, elle lit Le Devoir!